Anciens « prisonniers » nahdhaouis : Un budget plombé par « les indemnités »

Il avait pourtant prévenu Dimassi, l’ancien ministre des Finances qui avait jeté l’éponge, lorsque la gouvernance actuelle avait exigé un financement astronomique, incluant de quoi indemniser les prisonniers et autres suppliciés de l’ancien régime.

Il avait même prévenu que ce projet 2013 n’allait pas passer comme une lettre à la poste, vu qu’il recelait des objectifs plutôt politiques en considération des prochaines élections, et qui ne feraient qu’exacerber les tensions inflationnistes.

D’ailleurs, son successeur Besbes, pris entre peste et choléra, ne sait plus vraiment s’il doit d’abord s’occuper d’équilibrer un budget sous contrainte de déficit hors normes (plus de 6%) ou s’occuper de trouver comment indemniser ces milliers de suppliciés à qui Jebali avait promis des compensations, sous l’œil attentif de l’aile dure d’Ennahdha, qui l’attend au tournant !

Que mijote-t-on à la Kasbah ?

Cela fait plus d’un mois que le budget 2013 est en débat dans les ministères concernés. Les conjectures de la rue aussi s’en donnent à cœur joie. On avait entendu d’abord Jebali rassurer que les fonds d’indemnisation étaient enfin disponibles. Dans le même temps, Besbes n’a-t-il pas parlé d’augmenter le niveau d’imposition des niches fiscales, en lançant des taux qui ont aussitôt, soulevé un tollé chez le contribuable ? En tout cas, voici qu’il vire à 180°, Besbes assurant ne pas avoir précisé les taux de ponctions alors même que des taux d’augmentation sur plusieurs niches fiscales avaient déjà circulé… Vignette autos, timbre de voyage, hausse des boissons alcoolisées, STEG, SONEDE, carburant… Rien de tout ça ?… C’est à peine qu’il a concédé qu’une augmentation de 4,5% portera le budget 2013 à 26 milliards 600 millions de dinars, laissant tout juste entendre que « 52 mesures fiscales ont été prises s’inscrivant dans le cadre des grands objectifs du programme économique et social du gouvernement qui sont l’équité fiscale, le renforcement de l’emploi et de l’investissement ».

Pas un mot sur l’indemnisation même si l’expression générale de sa déclaration mi-figue mi-raisin ne donne rien de précis, ni de bon du reste, laissant la voie libre pour y fourrer lesdites indemnités.

Ce qui est certain, c’est que pour le ministre des Finances, il est incontournable que le prochain budget soit présenté avec un équilibre acceptable aux yeux des bailleurs de fonds étrangers. N’a-t-il pas annoncé que le budget sera également financé par des Sukuk islamiques d’un montant de l’ordre de 1000 millions de dinars. Or en indiquant que les ressources principales du budget se répartiront entre les ressources fiscales (16 milliards 650 millions de dinars) et les ressources non fiscales (3 milliards 200 millions de dinars) outre les Sukuk islamiques (1 milliard de dinars) la question qui se pose est celle de savoir d’où obtiendra-t-il les 5,800 MD manquants pour boucler la note finale.

Un endettement non productif en guise de solution ?

Dans une récente interview lors du Sommet Reuter Middle East Investement, Slim Besbes a parlé des pressions financières qui pesaient sur la Tunisie et même reconnu que cela faisait suite à la baisse des performances économiques et que dans le même temps le gouvernement ne peut ignorer les demandes sacro-saintes d’indemnisation des anciens prisonniers. « Notre besoin financier pour la prochaine année, sera de 7 milliards de dinars en provenance des prêts et de l’aide », a-t-il expliqué.

Il faut comprendre que toute autre solution ayant été testée et refusée par la société civile qui tend à basculer vers la gauche de l’échiquier politique, le recours à l’extérieur devient une solution vitale. En indemnisant les prisonniers, la gouvernance aura répondu aux demandes des anciens suppliciés et dans le même temps, garanti leur sympathie en prévision des élections prochaines. Mais rien ne lui assure qu’elle n’aura pas suscité la réaction, encore plus exacerbée, de l’autre partie de l’électorat.

Au total, après avoir longuement tergiversé, la gouvernance se trouve acculée à augmenter la pression fiscale déjà excessive, pour tenter de rembourser un endettement, surtout en provenance de l’extérieur qui va en s’amplifiant, aggravé qu’il est, par un double déficit: celui béat du budget qui frôle les 6-7% du PIB et celui de la balance des paiements dont l’hémorragie nette des devises sur les entrées, plombées par un export bien loin de pouvoir combler le différentiel , se retrouve avec une couverture qui se réduit de plus en plus en peau de chagrin, pour n’être que d’à peine 94 jours d’importation contre près de 150 il y a deux ans.

Commentaires: