Dans la continuité de TuniLeaks, Nawaat sort LetaiefLeaks

Dans la continuité de TuniLeaks, Nawaat sort LetaiefLeaks

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En introduction de cette étude publiée hier, le 12 courant, sur Nawaat (site collectif indépendant), l’auteur de la présentation a rappelé les rôles et missions attribués à Kamel Letaief bien avant le renversement de Bourguiba. Il s’est toujours vanté d’avoir exercé la politique à travers ses relations personnelles et d’avoir aidé Ben Ali à s’installer au Palais de Carthage. Après la révolution, on lui reprocha d’avoir été l’homme occulte qui suggère des décisions et impose des scénarios sans apparaître à l’écran. Avec les révélations de Farhat Rajhi à son propos, et après lui Mokhtar Yahyaoui, son nom est devenu synonyme de complot, de manigance et de combine.

Dans la dernière affaire engagée à son encontre par Maître Cherif Jebali, le tuyau était une série de communications découvertes, comme par hasard, suite à la perte du portable utilisé dans certaines de ces communications. Depuis, le relevé des appels téléphoniques enregistrés en son nom est devenu la pièce maîtresse de cette affaire où personne n’est encore accusé, mais tout le monde est impliqué. Des politiques, des cadres de sûreté, des journalistes et même des personnes étrangères attendent encore leur tour pour témoigner et faire des dépositions pour la simple raison qu’ils ont eu à contacter ou a être contactés par Kamel Letaif.

Nawaat a pu accéder au journal des communications (LOG) pour décortiquer les communications enregistrées durant la période du 2 janvier 2011 au 31 mai 2012 et présenter une analyse statistique sans focaliser sur les événements et les circonstances qui ont accompagné les faits.

Après examen du document, Nawaat n’affirme que rien ne confirme ni ne présume l’existence d’une tentative de complot. Elle déplore le fait que l’instruction se soit limitée aux dates des communications et à l’identité des interlocuteurs sans s’intéresser au fond et estime que le seul motif sur lequel s’est appuyé l’auteur de la plainte est le volume important ainsi que la cadence des communications avec des personnes qui appartiennent à plusieurs secteurs et opèrent dans divers domaines.

L’analyse en question fait ressortir des entretiens quasi permanents avec 1000 personnalités politiques et autres dont seulement 10% ont pu être identifiés pour le moment. Les journalistes occupent la première place (30%) suivis de ministres (20%) et de cadres de sécurité (18%), dont en tête de liste Lazhar Akremi, Bechir Essid et Samir Tarhouni. Mais contre toute attente, les communications avec les hommes d’affaires sont d’une proportion infime (8%) ce qui donne raison à ceux qui le considèrent plus versé dans le politique que dans les affaires.

À côté de la chaîne El Jazeera, les communications avec les médias ont eu lieu avec 19 journalistes qui font partie de journaux publics et privés et en particulier Nourreddine Ben Ticha fondateur d’El Jarida et, aussi, Taoufik Ben Brik qui se plait dans la position d’éternel opposant.

Avec les membres de la société civile, les contacts ont été timides (11%) pour se limiter à des militants de droits de l’homme et quelques figures connues de la société civile ( ligue des droits de l’homme, association de lutte contre la torture, conseil de l’ ordre des avocats).

Parmi les ministres avec lesquels il a eu des contacts sporadiques, on note à côté de Begi Caied Essebsi et de Kamel Nabli, quelques communications avec Noureddine Bhiri qui se sont poursuivis jusqu’au mois de mai 2012.

Le flux des communications démontre que les appels émis sont presque le double des appels reçues ce qui démontre que Kamel Letaief a été dans la plupart de ces communications l’initiateur et pas toujours l’homme sollicité, prêt à offrir ses services comme il l’a annoncé sur Mosaïque FM.

Le nombre des communications durant la période observée à été de plus de 30 mille entretiens soit en moyenne 58 communications par jour compte non tenu de ceux effectués avec les proches de la famille.

Baptisée « Letaiefleaks », l’étude démontre qu’après le 14 janvier, Kamel Letaif s’est repositionné en tant qu’acteur occulte sur la scène politique. Pendant la période des élections, son pouvoir s’est accru grâce aux candidats et partis politiques qui ont sollicité son soutien à l’épreuve électorale. Après les élections, la plupart des proches et amis le délaissent. Il perd du poids et n’a plus d’influence sur le cours des événements.

En conclusion de l’étude, l’auteur a précisé que l’affaire contre Kamel Letaief a occupé l’opinion malgré la gravité des événements qui se sont produits au moment de son déclenchement ( Douar Hicher, Gaz du Schist ). Il a ajouté que Kamel Letaief a remis à Nawat des documents et des enregistrements vidéo prouvant la mauvaise fois de ceux qui le poursuivent en justice.

Notons que Nawaat a été parmi les supports auxquels Wikileaks a remis, avant le 14 janvier, les fuites d’informations sur la Tunisie, assemblés dans un dossier appelé TuniLeaks. L’intérêt porté à cette affaire à laquelle elle a prêté le nom de « Letaifleaks », peut traduire une continuité dans le genre.

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