Opinion – Une légende tunisienne est née : Oussama Mellouli

Opinion – Une légende tunisienne est née : Oussama Mellouli

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« Je ne peux pas décrire mes sentiments. Je suis quelqu’un qui a beaucoup souffert ces quatre dernières années, et j’ai l’impression que personne en Tunisie n’a conscience de cette souffrance, à part ma famille et mes proches. Je suis blessé à l’épaule, au dos, au coude… Cette médaille représente pour moi l’apogée d’une carrière, une vie entière… Des sacrifices qui m’ont amené à être six heures dans l’eau et à faire deux heures de musculation par jour. Expatrié depuis l’âge de 15 ans en France ensuite aux États-Unis. »

C’est par ces mots qu’Ousama Mellouli s’est exprimé sur France 24, après avoir arraché la médaille d’or lors de l’épreuve- c’est peu le dire-, de marathon en eau vive de 10.000m qui s’est déroulé à High Park à Londres. Il lui a fallu une heure et 49 minutes et 55 secondes, pour prendre le dessus sur l’Allemand Thomas Lurz (Argent) et le Canadien Richard Weinberger (Bronze).

C’est la deuxième fois que Mellouli est sacré champion olympique. La première fois c’était à Pékin sur 1500 mètres en piscine.

Le site électronique « Paris match » titrait : « L’exploit d’Oussama Mellouli » -excusez du peu-, car c’est bien le premier nageur à être champion olympique en piscine et en eau vive. Une performance qu’aucun autre nageur n’a pu réaliser jusqu’à aujourd’hui.

En tout, Oussama Mellouli a offert à la Tunisie trois médailles olympiques. Il en avait déjà obtenu une en Bronze, samedi à Londres, en 1500 mètres nage libre.

Le drapeau Tunisien en terre étrangère a été levé bien haut et souvent grâce à Mellouli, ainsi que notre hymne national entonné, à chaque fois que ce nageur hors du commun, grimpe sur la plus haute marche du podium nous procurant la chair de poule en l’entendant en même temps que le public qui assiste aux jeux et les téléspectateurs du monde entier. Ce petit pays qu’est la Tunisie devient grand ! Et on est saisi de fierté que seul le sport, de haut niveau peut nous faire ressentir. Car on est une toute petite nation, souvent méconnue et rarement reconnue !

Le palmarès de cet athlète hors du commun ferait rougir n’importe quel footballeur tunisien pour qui les foules sont prêtes à s’entretuer. Le footballeur jouit d’un salaire mirobolant et avantages divers et ne s’entraine que pour la forme… Enfin la forme veut dire simplement… pour la galerie ! Et à chaque rencontre internationale, en regardant nos footballeurs en action. On a parfois honte d’être Tunisien.

Depuis le début de sa carrière Oussama Mellouli a été sacré à plusieurs reprises. Soit en or, en argent ou en bronze dans les diverses compétitions auxquelles il a participé : Jeux olympiques d’été, Championnats du monde, grand et petit bassin, Jeux méditerranéens. Il a aussi battu le record d’Afrique en petit et grand bassin et les records méditerranéens en grand bassin sur 1500, 800, et 400 mètres nage libre et 400 mètres 4 nages. Si aux jeux olympiques de Sydney en 2000, il repart bredouille, en 2003 et aux championnats du monde, il est médaillé de bronze sur 400 mètres 4 nages (4 min 18 s 21) seulement à l’âge de 19 ans.

Ses détracteurs n’ont aucune idée de ce que cet athlète a pu endurer pour en arriver là où il est, un athlète de très haut niveau. Le commun du Tunisien ou du journaleux envieux, voit à travers ses verres déformants et simplistes, un Tunisien expatrié aux frais de Ben Ali, le mauve ! Qui plus est aux « Amériques », la belle vie, rêvée par n’importe quel Tunisien. Mais la réalité est tout autre.

Oussama Mellouli n’est pas n’importe quel Tunisien, car le Tunisien lambda (sportif), une fois envoyé à l’étranger, ne pense qu’à sa petite personne « insignifiante » et essaye de trouver coûte que coûte un Eldorado pour lui et seulement pour lui, se faire le maximum d’argent sans penser ni pourquoi il a été envoyé ou payé. Le pays, son pays… Il s’en fiche un peu… Beaucoup !

Hélas c’est notre mentalité primaire, celle d’un peuple du tiers-monde. Reconnaissons-le.

Melloulli a passé, presque toute sa vie à s’entrainer comme un malade pour arriver sur les plus hautes marches des podiums, de tout temps, monopolisé par les Occidentaux ou les Asiatiques. Car bien sûr n’oublions pas, la doxa sans cesse ressassée, qui se raconte en fumant un narguilé dans les cafés à chaque compétition mondiale : les Américains sont plus 200 millions ou les Chinois sont plus d’un milliard, c’est normal qu’ils donnent le jour à des athlètes qui se font médailler et nous, nous ne sommes que 10 millions. No comment !

Bravo et Merci Oussama Mellouli pour cette énième médaille, énième fierté pour nous Tunisiens. Non, il n’y a pas que votre famille et vos proches qui savent que vous avez souffert pour en arriver là où vous en êtes. Pas mal de Tunisiens, apprécient à leur juste valeur vos sacrifices. Ce que vous avez pu éprouver et ressentir tous au long de ces années, le prix que vous avez payé pour décrocher tous ces titres, vous vaut de mériter toute la considération possible.

Vous avez du mérite à avoir su aboutir vos études et votre vie sportive. Des heures, des jours, des semaines, des mois, des années de dur labeur de dévouement et de don de soi pour devenir ce sportif à la hauteur de vos espérances et des nôtres. Vous êtes non seulement un champion olympique mais aussi un brillant étudiant, qui a aujourd’hui plongé dans le monde du travail.

Un jour, j’ai entendu une de tes déclarations, que je n’ai pas pu oublier, et lorsque tu as dit au journaliste : « imaginez le sentiment que j’ai, quand je me retrouve à 4h00 du matin dans une piscine, vide à m’entrainer, car il faut que j’aille en cours à 8h00. »

Ce jour-là, j’ai compris la solitude des champions tels que vous !

Vous avez payé sur l’autel du sport de haut niveau un lourd tribut et on ne peut que vous dire. Merci et Bravo.

Car on ne trouve pas d’autres mots à la hauteur de vos exploits !

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