Contestation, grogne et violence, prémices d’une seconde révolution ?

Le mois de Ramadan, période de piété et de recueillement, est traversé depuis une semaine par une grogne sociale sans précédent. Depuis qu’elle a accédé au pouvoir, la Troïka n’aura jamais été aussi contestée.

Un peu partout dans le pays, s’élèvent les voix d’une colère généralisée. C’est que beaucoup de citoyens estiment que la Révolution du 14 janvier est en train d’avorter et que ses principaux objectifs sont loin d’êtres réalisés.

Le gouvernement monte au créneau et dénonce à travers les différentes manifestations organisées une manipulation de l’opposition ; certains membres de l’exécutif vont jusqu’à nommer « Nidaa Tounes » derrière les récents mouvements contestataires.

Il n’en demeure pas moins qu’à y regarder de près, il se dégage comme une impression de ras le bol, de déprime générale traduite par une inquiétante recrudescence de la violence sur fond d’un laisser-aller flagrant et d’un flottement réel. Le gouvernement semble visiblement manquer d’autorité, incapable qu’il est de résoudre, par exemple, le problème des ordures qui envahissent le grand Tunis. A cet égard la dernière intervention de Hamadi Jebali n’a rien apporté de nouveau, et n’a nullement rassuré. Même constat de laxisme quand on pense au problème d’insécurité. Le grave incident qui s’est produit, il y a quelques jours, à Kairouan où Chiekh Abdelfattah Mourou fut agressé par un salafiste en l’absence curieuse du service d’ordre en est une désolante illustration. Un pas a été ainsi franchi dans le fanatisme religieux dans une sorte d’indifférence surprenante.

Lisez les journaux, suivez les informations et vous ne retenez que des nouvelles de nature à saper le moral du plus optimiste. Qu’il s’agisse de cette scandaleuse indemnisation des anciens prisonniers projetée par le gouvernement, qu’il s’agisse des acquis de la femme aujourd’hui plus que jamais menacés par l’article 27, qu’il s’agisse de l’indécent salaire de Maherzia Laâbidi, vice-présidente de l’ANC, qui déchaîne l’indignation, qu’il s’agisse – last but not least – des coupures d’eau et d’électricité dans plusieurs régions, force est de constater que les choses ne vont pas bien pour utiliser cet euphémisme.

Mais à vrai dire, tout ceci n’est rien par rapport à ce qui s’est passé ces jours-ci à Sfax et à Sidi Bouzid en particulier. L’hôpital Hédi Chaker dans la capitale du sud est en proie depuis quelques jours à une crise politico-syndicale aigue dont on ne voit pas l’issue. Hier, à Sidi Bouzid, ville mythique que l’on considère comme le bastion de la Révolution des braves, les incidents survenus, d’une rare violence, sont extrêmement graves et rappellent à nos souvenirs le soulèvement de décembre 2010. Les nombreux manifestants (sont-ils manipulés ?) totalement déchaînés, ont proféré des slogans hostiles au gouvernement, allant jusqu’à demander le départ du gouverneur et la démission de la Troïka. La réplique des forces de l’ordre ne s’est pas fait attendre avec une terrible répression. C’est à coup de bombes lacrymogènes et de balles en caoutchouc que la police a réussi à disperser la grande foule. Les arrestations et les blessures font apparaître le spectre de la dictature, précisément dans cette ville symbole d’où s’est enclenchée l’étincelle qui allait aboutir au renversement du régime de Ben Ali. Et Ali Laârayedh, le ministre de l’Intérieur, ne trouve pas mieux comme réponse aux questions des députés que la justification de la répression.

Au rythme où vont la colère et la rupture entre le pouvoir politique et le peuple, beaucoup s’interrogent aujourd’hui si la contestation qui se répand inexorablement, la grogne qui monte et la violence qui s’exacerbe, ne sont pas les prémices d’un nouveau soulèvement.

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