Opinion – Médias et Politique : Liaison empoisonnée !

Opinion – Médias et Politique : Liaison empoisonnée !

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Lorsque l’on prend le train de la démocratie en marche, on pense instinctivement que les médias sont et doivent constituer un contre-pouvoir. Or, ce n’est souvent pas le cas des vieilles démocraties. De Rupert Murdoch à Al Jazeera en passant par les groupes français (Lagardère, Dassault, etc.), des conglomérats font et défont les hommes politiques et le paysage médiatique. Même si, les dernières années ont vu une explosion des réseaux sociaux qui se sont taillé une grande part du “marché” de l’information.

Pour en revenir aux médias traditionnels, l’exemple le plus probant est celui de Rupert Murdoch. Ce grand magnat de la presse est l’actionnaire majoritaire de l’un des plus grands groupes médiatiques du monde (un empire qui collectionne les scandales) et qui roule aveuglément pour tous les partis de la droite et de l’extrême droite, partout dans le monde. Aux États-Unis, avec Fox News, qui détient le taux d’audience le plus fort du pays ou en Grande-Bretagne avec News of the World, le tabloïd tiré en plusieurs millions d’exemplaires et aux mille et un scandale. Lorsque Murdoch a tiré sa révérence suite au scandale des écoutes téléphoniques qui a éclaboussé, dans la foulée, le gouvernement britannique, il était âgé de 168 ans, excusez du peu !

En Tunisie, ce sont les trois pelés et un tondu El Watania 1 et 2, Hannibal TV, Attounissia TV et Nessma TV qui forment l’essentiel du paysage télévisuel tunisien. Toutes ces chaines tv, du moins leurs patrons, ont été à la solde de Ben Ali et ont été utilisés comme instrument de propagande pour le régime. Mais ils ne pouvaient faire autrement en temps de dictature aigüe! Mais, aujourd’hui, toutes ces chaines TV continuent de se chercher, et ne se positionnent pas clairement, à l’image du gouvernement actuel et sa politique qui va dans tous les sens, du laïc au religieux.

Démocratie, liberté d’expression, pluralité, opposition, droits de l’Homme, laïcité et théocratie, etc. Tous ces beaux principes et dogmes ont fleuri de manière rapide simultanéegrâce à la révolution du Jasmin. Ce sont ces phénomènes qui ont permis la multipolarité de toutes les chaines TV suscitées.

Force est de constater qu’elles ne sont ni impartiales, ni neutres. Quand, par exemple, la chaîne El Watania 2 diffuse un dessin animé dont les personnages sont des petites filles voilées et des femmes en niqab, ou lorsqu’elle met en scène de très jeunes enfants ânonnant un Coran qu’ils ne comprennent pas dans un remake de « l’école des fans « créant ainsi une sorte de Kottab TV, on ne parle plus d’une ligne éditoriale, mais de manipulation des masses par les médias, une manière de fossiliser l’esprit de l’enfant au lieu de le faire progresser. On sait tous qu’un enfant est plus malléable qu’un adulte. Il absorbe ce qu’il entend et voit et reproduit ce schéma.

Le contre-pouvoir que les médias sont censés représenter est donc un mythe. Dans cette optique de liberté d’expression, le média est libre de choisir d’être le travailleur de l’ombre, d’un homme ou d’un parti politique.

Dans les vieilles démocraties, un poste de président, une guerre, un conflit, ça s’achète : c’est le nouveau merchandising. Il suffit de payer et de bien huiler la machine « liberté d’expression ». Oui, c’est bien à travers cette petite lucarne qu’on fabrique les hommes politiques, les stars et même les futurs présidents. Les médias ne sont plus seulement un outil d’information, mais représentent des lobbies.

Dans les démocraties embryonnaires aussi, tout s’achète et tout se vend. En Tunisie, comme dans tous les pays qui ont vu fleurir le printemps arabe, c’est la piété qui s’arrache. L’énigme irrésolue jusqu’à aujourd’hui est : comment défendre la laïcité sans sombrer dans la critique religieuse? C’est ce qui fait de nos chaînes TV des chaînes politiques hybrides qui ne se casent réellement nulle part, emportées au gré du buzz, du scoop du moment. Comment livrer l’information, la traduire aux téléspectateurs et sous quelle forme, c’est bien la question !

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