UGTT- Gouvernement : l’affrontement reprend ?

On croyait que l’accalmie entre le gouvernement de Hamadi Jebali et l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) allait se poursuivre après les incompréhensions et la tension qui a régné entre les deux parties à un certain moment et notamment lors de l’arrêt de travail des éboueurs. On se rappelle qu’à l’époque, les locaux de l’UGTT ont été la cible d’individus proches des nahdhaouis et qu’ils ont été attaqués et certains saccagés ; ce qui a poussé la Centrale Syndicale à lancer un avertissement sérieux au gouvernement.

Cette relation va connaître un certain répit après les diverses interventions de plusieurs personnalités politiques dont Rached Ghannouchi qui s’était déplacé à l’époque au siège de la centrale syndicale.

Cette accalmie semblait même devoir se prolonger surtout après l’initiative présentée par l’UGTT pour établir et renforcer le consensus national qui avait été plutôt bien reçu par le parti Ennahdha et le gouvernement.

Or, voilà que l’affaire de l’hôpital Hédi Chaker de Sfax vient de tout remettre en cause voire même d’amplifier le conflit entre les deux parties.

En effet, une intervention musclée des forces de sécurité, appuyées semble-t-il par des milices proches d’Ennahdha comme le prétendent les syndicalistes, a entraîné des incidents violents qui furent ensuite suivis par une vague d’arrestations qui a touché plusieurs militants syndicalistes et rappelant les pires moments de crise entre l’UGTT et l’ancien pouvoir déchu !

Ce « déblocage » de la situation a donc abouti à une issue que l’on croyait à jamais révolue dans notre pays après la révolution.

Car, si le gouvernement accuse les syndicalistes de bloquer le fonctionnement de l’hôpital et de s’opposer à l’exécution d’une décision judiciaire qui confirme la nomination du directeur de l’institution concernée, décision contestée par les syndicalistes qui dénoncent la politisation des institutions de santé et de l’administration ; les syndicalistes accusent le gouvernement et ses milices de violence et d’arrestations arbitraires.

On se croirait revenu des années en arrière, les pires moments de la dictature avec le retour des procès politiques contre les journalistes, les syndicalistes et autres militants qui ne partagent pas les opinions des gouvernants. Le gouvernement par la bouche du ministre de l’Intérieur avait justifié cette intervention la considérant comme conforme à la loi. A ce propos, l’UGTT rappelle au ministre que les coupables qui se sont attaqués à ses locaux n’ont été ni arrêtés ni sanctionnés.

L’UGTT n’a pas du tout apprécié cette attitude du gouvernement et exige aujourd’hui la libération des syndicalistes arrêtés. A ce propos, la Commission administrative de l’Union régionale de l’UGTT de Sfax a donné un ultimatum au gouvernement pour libérer les syndicalistes emprisonnés. Dans le cas où elle ne sera pas entendue, des grèves tournantes et quotidiennes qui toucheront quatre secteurs par jour commenceront à partir de ce mardi. Par ailleurs, le syndicat national de la santé publique a décidé une grève nationale dans le secteur de la santé pour le jeudi 9 août prochain.

Il est certain qu’au-delà du cas de l’hôpital Hédi Chaker de Sfax, le gouvernement n’a pas renoncé à son bras de fer avec l’UGTT. Car, la Centrale syndicale apparaît comme le plus sérieux adversaire aux desseins d’Ennahdha de mettre la main sur les affaires du pays.

Ce qui ne permet plus aucun doute sur l’attitude des gouvernants, c’est la différence dans le traitement de ce genre d’affaires, celles où leurs proches sont ménagés voire pardonnés, Rached Ghannouchi ayant déclaré à plusieurs reprises qu’ils ne vont pas traiter ces gens en les mettant en prison, et celles où des opposants sont concernés et qui font alors l’objet d’une réaction violente, voire intempestive, et les exemples sont plutôt nombreux à commencer par les événements du 9 avril, qui n’ont pas été encore élucidés et ne le seront probablement jamais, jusqu’à la descente de Sfax.

Cette tension entre l’UGTT et le gouvernement pourrait connaître des prolongements lors des négociations sociales se rapportant au secteur public qui traînent encore et sur les relations entre les deux parties qui risquent de déraper à n’importe quel moment !

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