Opinion – Le nouveau cache-misère

Opinion – Le nouveau cache-misère

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Qui ne se souvient de cet élégant « safsari » blanc que portaient nos mères et qui fut, méchamment qualifié de « cache-misère » tout simplement parce que les femmes en couvraient leur tenue vestimentaire d’intérieur pour aller faire des courses sans avoir à se soucier de leur apparence. Ce joli voile leur fut arraché parfois avec violence pour désormais afficher leur position et leur place dans l’espace public et dans la société, mais la majorité des femmes se réjouirent de devenir des citoyennes à part entière qui n’avaient pas à se glisser furtivement et anonymement dans le monde des hommes. Et voilà que la révolution iranienne exporta dans notre pays sa tradition vestimentaire, le tchador qui commença par recouvrir les cheveux puis s’étendit à la faveur des secousses du monde arabo-musulman, des modes et des interdits à l’ensemble du corps et finalement au visage.
Les filles et petites-filles des Tunisiennes qui s’étaient battues (et fait battre) pour se libérer du voile revendiquent aujourd’hui un enveloppement intégral, pour elles comme pour leurs fillettes au nom du respect des préceptes religieux, de l’identité et de la pudeur!

Rappelons d’abord que le voile était le signe distinctif des citadines comme il l’était du temps du Prophète pour marquer l’appartenance à la nouvelle communauté musulmane. Les femmes du monde rural n’en ont jamais portés pour la simple raison qu’elles, elles travaillaient dans les champs et qu’elles ne pouvaient être entravées dans leurs mouvements. C’est dire d’emblée que le voile est tout sauf démocratique puisque non seulement il ne s’applique pas aux hommes ni à l’ensemble des femmes. C’était un signe de distinction sociale, en fait. Un ami dont je ne doute pas du respect ni de l’affection osa un jour me suggérer (avec beaucoup de commisération) de porter le voile car je risquai d’être exposée au mépris dû aux femmes de mauvaise vie, sic. Une « séfira » dirait notre inénarrable président-médecin, ex-adepte des droits de l’Homme (mais pas de la femme, apparemment).

Alors, aujourd’hui, quand elles se côtoient dans l’espace public, quelle est la différence entre une femme intégralement ou partiellement voilée et une non voilée ? La première vit dans le monde des ténèbres que renvoie le noir de la nuit et la deuxième nous éclaire par la lumière qui émane de tout humain qui vient à la rencontre de l’autre. L’une est l’incarnation de la noirceur associée à tous les vices et l’autre, celle de la beauté d’une âme qui se révèle au grand jour. Quelle misère en d’autres termes veut-on cacher sous ces accoutrements hideux qui rappellent les fantomatiques sorcières dont on épouvantait les enfants pour les faire dormir ?
Se voiler intégralement, c’est manifestement chercher à cacher non pas seulement son corps du regard censé être concupiscent des mâles (et non des hommes qui ont dépassé le stade animal) mais surtout l’âme que le regard et le sourire trahissent inévitablement. Se dévoiler, c’est s’offrir à l’autre, homme, femme, enfant, non comme une invite sexuelle mais comme une main tendue pour mieux vivre ensemble. Il faut être sacrément pervers pour croire que le voile des femmes peut faire rempart aux fantasmes, aux pulsions, aux désirs que les hommes qui l’imposent portent en eux.

C’est bien la misère sexuelle qu’il s’agit de cacher ! La misère et la perversion. Comment qualifier autrement sa dernière expression, la nécrophilie ? Selon une Fatwa wahhabite, un musulman sunnite pourrait jouir du corps sans vie de sa femme jusqu’à 6 heures après son décès. Aucun psychiatre n’eût osé y penser, mais l’imagination de nos intégristes frustrés n’a pas de limite ! Cela en dit long sur la terreur que leur inspire la femme vivante. Leur puissance virile ne peut être éveillée (je ne dis pas réveillée à dessein) que par le pré-linceul noir du voile intégral puis du linceul blanc de la mort. En Iran, les femmes condamnées à la lapidation sont enterrées jusqu’au cou mais pas l’homme, comme si Eros était intrinsèquement liée à Thanatos !

La misère sexuelle est aussi celle des femmes qui, coupables de leurs désirs charnels, soigneusement entretenus par des prédicateurs sadiques, exhibent leur repentance en se soumettant à Dieu et son représentant-autoproclamé, l’homme. Le voile est aussi l’expression de sa phobie d’assumer sa féminité, de sa peur de sa propre image et de sa maigre conscience de sa dignité humaine. Elle se cache d’elle-même, en se dissimulant derrière un linceul noir ou gris le même dans lequel elle sera enveloppée à sa mort et que son époux pourrait lui ôter pour assouvir son appétit sexuel insatiable. Le seul voile qui la protègera de son prédateur-profanateur est la pierre tombale. Autant, se dévoiler de son vivant que de se faire violer après sa mort. Femme voilée, femme violée comme le dit Gisèle Halimi et ceci est d’autant plus vrai qu’elle n’est pas maîtresse de son corps qui est assimilé à un champ de labour où il peut aller à sa guise et par conséquent contre la volonté de sa femme. N’est-il pas dit que les anges maudissent la femme qui se refuse à son mari ? Est-ce ce statut de simple objet sexuel qu’elle affiche à travers le port du voile et de femme victime de rapports sexuels non-consentis, mais sacralisés et rendus légitimes par la religion musulmane elle-même qui ne reconnaît pas le viol conjugal ? Une condition féminine réduite à la simple fonction de maternité. Est-cela ce que le voile veut exprimer comme témoignage afin de permettre à la femme-mère, à l’exclusion des autres, sous les pieds desquelles ruissellent les eaux du paradis ? Qu’elle le veuille ou non, le voile renvoie à l’état d’avilissement de la femme et de ses conditions de vie dégradantes et humiliantes. De sa relégation, de son exclusion et de son état d’infériorité dogmatique à l’homme. Elle est cette chose que l’homme doit cacher de la vue de l’homme. Le voile marque surtout sa dépersonnification et sa dissolution dans une culture ultra machiste et phallocrate, irrévérencieuse pour les femmes. Faire du voile partiel ou intégral un symbole de liberté, c’est comme si on fait de l’Islam ou de toute autre religion un symbole d’épanouissement humain et d’affirmation de soi. Une femme ne peut pas être libre quand elle se cache de son ombre, et quand elle vit à la périphérie de son groupe social. Le voile ne signifie rien d’autre que le degré de rabaissement de la femme. Il est à la fois sa prison mentale et son incarcération sociale. Le voile lui permet de camoufler sa souffrance, de la dissimuler du regard étranger, son mal-être et sa misère psycho-affective. Une femme voilée se ment à elle-même en laissant croire que c’est une forme de liberté. La vraie liberté n’est pas dans le port du voile, elle est dans sa rupture avec l’atavisme culturel et religieux qui l’enserre et qu’elle porte comme le Christ sur le Chemin de la Croix. On ne fait pas du fardeau, du poids oppressant et aliénant de la tradition une source de liberté. Faire de la tradition un facteur d’émancipation féminine autant rétablir l’esclavage et le servage dans nos usines pour faire un modèle d’organisation du travail. Quant à en faire un symbole de vertu, autant conjuguer la vertu avec l’âme noire des terroristes qui pullulent dans les sociétés musulmanes. Il symbolise la réaction et le refus du progrès. Le voile ne fait pas plus la musulmane que son non port. On ne juge pas les femmes à l’aune de leur accoutrement vestimentaire, on les juge sur leur capacité de mener un combat digne pour leur liberté et celle de leurs filles. Une liberté dénuée de toutes scories religieuses et dépouillée de toute influence héritée du passé rétrograde et archaïque. Une femme non-voilée est une femme assumée, qui n’a pas peur de son ombre, une femme de rupture avec le carcan religieux et libre et une voilée est une femme à l’identité violée. Le voile ne fait pas la vertu et le non-port du voile ne fait pas le vice. Plus on a peur de soi et de son environnement liberticide plus on a tendance à se cacher de soi-même et à vouloir paraître ce qu’on n’est pas. Ce pauvre psychopathe insignifiant et à la laideur physique qui ferait peur à Frankenstein en personne s’il est devenu aujourd’hui ce qu’il n’aurait jamais dû être même dans ses délires psychotiques les plus aigus ce ne sontt pas ces femmes sans âme et dépourvues de personnalité qui sont sorties dans les rues de la Tunisie pour braver avec courage, détermination et dignité les balles de Ben Ali, ce sont les safirates tant honnies par lui. Ces femmes n’ont pas voilé leur dignité et ne la voileront jamais et dire qu’elles sont celles aujourd’hui qu’on a mises à l’index et on vitupère qu’on a écarté de la vie politique du pays et ce sont les femmes qui portent le voile de l’indignité qui ont les honneurs du pays. La révolution tunisienne n’a pas été faite contre l’honneur des non-voilées et encore moins pour celles qui la déshonorent aujourd’hui en faisant la lie des barbus et font fi de leur dignité. Quand une société est minée par l’intégrisme de l’esprit, où la religion est elle-même victime, c’est un signe qui est révélateur de l’état de la pathologie mentale de cette société. Ce n’est par hasard que les sectes dans le monde musulman font aujourd’hui leur chou gras du mal-être des populations frustes. La ferveur religieuse n’a pas gagné du terrain, c’est la maladie mentale qui prolifère et qui ravage le corps social et humain. Quel crédit peux-t-on donner à une masse fruste qui confond bulletin de vote et ticket de train pour le paradis ? Comme si le train du paradis pouvait exister! Quel crédit peux-t-on aussi donner à des propos émanant d’un sujet psychopathe qui fait partie de ces 50% d’hommes tunisiens répertoriés comme tels par l’O.M.S. moins ce malade qui a longtemps voilé sa nature neurodégénérescente a fini par la dévoiler. Il a une peur phobique de regarder son visage qui se reflète sur le visage clair lumineux de la femme non-voilée. En conclusion, le voile quelle que soit sa forme marque surtout le statut de l’infamie et de l’ignominie dont jouit la femme dans les sociétés musulmanes, comparables à celui du juif sous le gouvernement de Pétain. Souhaitons surtout qu’il ne soit pas le signe avant-coureur d’un autre statut inhumain que le nazisme a infligé au Juif et à tous ceux qui n’avaient pas de marqueur génétique ou idéologique hitlérien.

Au total, on a le droit de porter ce qu’on veut sauf de dérober un sourire à l’autre humain, notre frère. C’est une société inhumaine que ces femmes nous préparent en croyant plaire à leur maître dans leur dynamique masochique et esclavagiste. Elles sacrifient leurs fillettes à l’appétit sexuel et haineux d’hommes qui ne rêvent que d’inceste. Que Dieu, le vrai, le nôtre, leur pardonne. On rétablit l’esclavage qui avait disparu de la surface de la terre y compris musulmane. Des hommes qui ne trouvent une identité virile qu’en soumettant d’autres, femmes, hommes, enfants. Quelle pitié que des Tunisiens qui ont connu un BOURGUIBA en soient arrivés là pour trois deniers consentis pas des wahhabites arriérés et que même le Prophète avait fuis. Ö femmes vous avez une responsabilité historique, celle de faire de vos enfants des esclaves, garçons comme filles, car quand il n’y a pas d’égalité entre les genres, il n’y en a pas non plus entre les hommes. Au contraire, vous pouvez en faire des citoyens dans une république démocratique qui pourrait être gouvernée par une femme ?
La question n’est pas de savoir si les pays seraient mieux gouvernés par des femmes que par des hommes mais s’ils ne le seraient pas mieux par des femmes et par des hommes –John Stuart Mill–

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* Coécrit avec Saïda Douki Dedieu (professeure émérite, ancienne présidente de la Société Tunisienne de Psychiatrie)

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