Un vieux loup dans la bergerie?

Un vieux loup dans la bergerie?

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La perception de Chedly Ayari du terrain devient on ne peut plus claire. Il a devant lui d’une part, une opinion chauffée à blanc par l’opposition, un gouvernement qui cherche à mettre le grappin sur l’institut d’émission pour financer à coup deplanche à billets généreuse, son budget complémentaire, celui qui prévoit un montant colossal pour le dédommagement des victimes de l’ère de Ben ali et d’autre part enfin, un ancien gouverneur qui parle sans compter de ses relations avec le gouvernement à propos d’une institution dont il connait les grands secrets et dont il est moralement encore en relation ombilicale.

Ayari veut prendre du recul
Or, en prenant du recul par rapport à tous les trois, Mr Ayari se positionne avantageusement à l’épicentre d’un triangle équilatéral d’où il pourra tout visionner et sans doute, aura-t-il tout à gagner à sa vision des choses, en commençant à renvoyer tout le monde dos à dos, le temps que le calme revienne. Et pour se faire, il déploie le tracé des limites pour en débattre avec plus de recul et partant envisager les protocoles qui devront s’imposer en perspective de satisfaire à la missionpour laquelle il a été approché, ayant déjà averti qu’il n’est pas venu pour occuper un poste pour le poste et qu’il a déjà démissionné 4 fois durant sa longue carrière.

C’est qu’il ne faut surtout pas oublier que Mr Ayari a été également diplomate dans sa carrière et qu’il a acquis suffisamment de savoir-faire sur comment tout remettre à plat pour proposer et obtenir des concessions où personne ne perd, mais où il sera le seul à équilibrer et orienter le débat vers le point de convergence recherché en perspective de sa vectorisation vers là où il veut en venir.

Coopération entre BCT et exécutif
En se glissant en arbitre pour leur imposer sa solution, celle de confirmer que l’indépendance de la BCT est non négociableet qu’il faut même la renforcer. Aussi met-il l’accent sur la coopération qui doit marquer les relations entre l’institut d’émission et l’exécutif, l’importance de revoir les statuts de la Banque voire-même la modernisation de son rôle afin de le mettre au diapason des nouvelles exigences des banques centrales. Ce sera l’objectif de sa prise en charge. S’il considère que la BCT est une institution de prime importance dans l’économie nationale, il demeure convaincu qu’elle ne peut rien faire au-delà des prérogatives arrêtées par la loi et qu’il incombe à la Constituante de statuer sur le sujet pour en élargir les contours.

Faut-il élargir les missions de cette banque? la BCT pourrait-elle participer directement dans le soutien de la croissance, du fait que ce rôle est celui de l’État? Voilà de quoi plancher sur ce qui a le mérite de recadrer les discussions pour le plus urgent. Ne vient-il pas de déclarer, aujourd’hui, sur les ondes de Mosaique Fm, que l’indépendance de la BCT n’est pas un sujet à discuter tout en qualifiant de « absurdes » et de « aberrations » les critiques qui avaient associé sa nomination par laTroïka à la possibilité de la tolérance sous son mandat du mécanisme de la planche à billets, rappelant qu’il a été toujours indépendant et qu’il n’a jamais adhéré à aucun parti, y compris l’ex-RCD.

L’indépendance de la BCT non négociable
Tout semble donc indiquer que l’entretien accordé à la radio, a été pour le nouveau gouverneur de la Banque Centrale une occasion de prouver qu’il n’est pas l’homme du gouvernement et qu’il n’accepterait pas d’être sous ses ordres. Il est allé jusqu’à donner raison à son prédécesseur, qui a réagi à l’insertion dans le programme du gouvernement de dispositions relatives à la politique monétaire sans consulter au préalable le gouverneur de la Banque Centrale qui a sous sa responsabilité la gestion et le fonctionnement du marché monétaire. Même s’il n’a pas apprécié la tenue par Mr Nabli d’une conférence de presse et les entretiens qu’il a eus en mettant en exergue le différend qui l’oppose au gouvernement pour prendre à témoin l’opinion publique. Pour Mr Ayari, les relations entre les institutions de l’État et les questions qui tournent autour doivent être gardées secrètes ainsi que le requiert l’obligation de réserve impartie aux responsables dans le gouvernement et dans l’État. Mais l’essentiel reste impérativement la garantie de l’indépendance de la planche à billets.

Le ministre des Finances confirme et démissionne
À la Kasbah, Mr Dimassi, le ministre des Finances qui regrettait déjà la manière avec laquelle MKN a été viré, s’est en quelque sorte rallié à Mr Ayari qui venait de soutenir MKN pour sa rigidité. Lui qui en avait par-dessus la tête d’un budget complémentaire inbouclable en raison d’un surplus monumental à combler pour indemniser les martyrs et autres anciens suppliciés de Ben Ali, semble avoir trouvé l’occasion propice pour réagir et s’empresser de remettre sa démission.

Est-ce de nouveau l’impasse?
Ainsi pourrait-on conclure, tout se passe comme si la situation politique en arrive à un grippage par excès de tensions entre les membres de la Troïka, la société civile et la Troïka, et la situation économique confrontées à un rebond de l’inflation en ce mois de ramadan. Sans doute faudrait s’attendre à un développement de ces éléments pour les prochains jours, qui en arrivent à une tension à la fois incontournable, sans issue visible, et qui pourrait compromettre les grandes configurations des institutions telles que formatées au lendemain des élections du 23 octobre et par là, faire rentrer le pays dans un cycle de nouvelles crises, le gouvernement poussant dans le sens d’une orientation politique électoraliste qui a généré selon Mr Dimassi un grave et brusque accroissement des dépenses de l’État en comparaison avec ses ressources, alors qu’il était plus approprié de concrétiser les attentes de la révolution à travers une attention soutenue aux catégories modestes, en renforçant leur pouvoir d’achat, en créant le maximum possible d’emplois productifs, en développant les régions intérieures délaissées et en revitalisant l’économie tout en préservant les équilibres financiers publics. « les dérapages se sont multipliés visant essentiellement à séduire les classes sociales en prévision des prochaines élections, à telle enseigne que les dépenses de soutien ont atteint des niveaux hallucinants » a averti H. Dimassi dont la démission a été acceptée aussitôt.

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