République Bananière : le sommes-nous ?

République Bananière : le sommes-nous ?

Par Lotfi Larguet -

Le député de l’opposition, Mahmoud Baroudi, du Groupe démocratique, a jeté un pavé dans la mare aujourd’hui en qualifiant le régime tunisien actuel de République Bananière. Un terme fort qui suggère un régime fondé sur le règne d’une ploutocratie autoritaire. Celle-ci signifie que les gouvernements sont dirigés par une classe sociale ou des lobbies financiers, industriels ou religieux par le biais d’institutions « démocratiques ».  La république bananière est donc un régime politique dirigé par une oligarchie de manière dictatorial même si elle peut apparaitre comme démocratique. En fait, Mahmoud Baroudi a ainsi fustigé le Président de la République provisoire qui avait pris une décision présidentielle nommant M.Chedly Ayari en tant que gouverneur de la Banque Centrale (le 11 juillet) avant même que l’Assemblée Nationale Constituante n’examine la question du limogeage de M.Mustapha Kamel Nabli. Car, il faut souligner que l’Assemblée Nationale Constituante, est selon la loi portant sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics, la seule habilitée à prendre entériner ces décisions, le limogeage et la nomination.

Or, le Président provisoire Moncef Marzouki a pris sa décision bien avant que l’ANC n’examine la question, ce qui laisse supposer que les autorités compétentes en la matière, le Président lui-même et le Premier Ministre avaient décidé de limoger Mustapha Kamel Nabli et de nommer Chedly Ayari en faisant fi des élus de la nation.

Même s’ils disposent d’une majorité au sein de l’ANC, leur démarche est frappée, encore une fois, du sceau de la maladresse qui laisse présumer une certaine idée de ce qu’ils pensent des institutions élues et démocratiques.

C’est probablement cela qui a fait sortir le député Mahmoud Baroudi de ses gonds pour l’amener à dire ce qu’il a dit, refusant par ailleurs de s’excuser.

Ce qui est symptomatique dans cette exclamation, c’est la réaction démesurée de la majorité à commencer par le Président de l’ANC qui a retrouvé, comme par enchantement, toute sa verve et son autorité en exigeant du député de l’opposition de retirer son mot avant de suspendre les travaux de l’ANC et d’inviter les chefs des coalitions pour une réunion restreinte.

C’est surtout le représentant d’Ennahdha qui a été le plus véhément. En effet, M. Habib Kheder a considéré qu’il s’agit là d’une insulte au peuple tunisien et exigé, non pas de simples excuses, mais carrément l’exclusion de Mahmoud Baroudi de l’ANC et même de le traduire en justice !

Des excès qui ne font que retarder les véritables missions de cette ANC qui n’arrête plus de s’éloigner de sa mission principale, l’élaboration d’une Constitution ; ce qui éloigne davantage les prochaines élections que la Majorité ne semble pas pressée d’organiser puisqu’il semble que la date, auparavant prévue soit en mars 2013, ne parait plus d’actualité !

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