Le procès « politique » du doyen de la Faculté des Lettres de Manouba

Le procès « politique » du doyen de la Faculté des Lettres de Manouba

Par M’hamed Ben Sassi -

Demain, Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des lettres de la Manouba, comparaîtra devant la chambre correctionnelle du tribunal Manouba pour répondre de l’accusation de violence contre une étudiante en niqab. Cette dernière indique dans sa plainte qu’elle a été violentée par le doyen alors qu’elle était dans son bureau.

S’il est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés, le doyen s’expose, selon la loi, à une sanction pénale. D’après les quelques informations qui ont pu filtrer au sujet de l’objet de la plainte, l’unique preuve découle des dires de la plaignante. Rien en dehors de ces dires ne confirme la commission du délit. Bien au contraire, le doyen se prévalant d’une dénonciation calomnieuse pour qualifier cette plainte, déclare que c’est, plutôt, lui et ses collaborateurs qui ont été victimes d’agressions et d’humiliations de la part des partisans du niqab. Il rappelle que ces derniers ont fait irruption dans son bureau et l’ont empêché d’exercer son activité. Ce sera donc sa parole contre celle de la plaignante que le juge appréciera en toute souveraineté à partir de présomptions sérieuses et concordantes. Ce sera également un test pour la justice post-révolutionnaire qui doit se positionner au-dessus des sensibilités et ne pas céder à une pression pour accomplir sa mission en toute partialité et en toute neutralité.

On s’attend, demain jeudi 5 juillet, à une présence massive en salle d’audience et devant le siège du tribunal de la part des islamistes radicaux et aussi de la part des membres du comité de défense des valeurs universitaires ainsi que les adhérents syndicat de la FLAHM qui ont appelé à une forte mobilisation.

Il faut rappeler que durant la crise, le doyen de la FLAHM n’a eu de cesse de chercher un terrain d’entente avec le groupe de salafistes qui a occupé pendant plusieurs semaines les locaux de l’administration. Avec courage et ténacité, il a pu avec le conseil scientifique et le personnel de l’institution faire réussir les partiels de janvier pourtant sérieusement compromis. Au moment où l’année universitaire touche à sa fin dans la sérénité, la comparution de Habib Kazdaghli paraît scandaleuse et dissimule au fond un procès politique qui ne dit pas son nom. Comment ne pas penser aux graves menaces et aux multiples humiliations subies par les enseignants de la part d’un groupuscule fanatisé encouragé par l’impunité ?

(Mise à jour @ jeudi 5 juillet 2012) : Le Tribunal de Première instance de la Manouba  a décidé, aujourd’hui jeudi 5 juillet,de reporter l’affaire  du doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, Habib Kazdoghli au 25 octobre prochain, et ce, suite à la demande de la défense

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