Le billet de Hatem Bourial – Hammamet, Tunis ou ce qu’il en...

Le billet de Hatem Bourial – Hammamet, Tunis ou ce qu’il en reste…

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Serait-ce faire la fine bouche que de dire que les plages de Hammamet n’ont jamais été aussi sales ?

Côté hôtels, tout va bien puisque chacun fait le ménage devant sa porte.

Mais côté plages publiques, c’est Waterloo sur l’eau. On dirait des décharges à ciel ouvert que n’importe qui peut découvrir au fil d’une promenade. C’est l’envers de la carte postale.

On trouve de tout : des canettes et des bouteilles bien sûr, mais aussi des couches pour bébé, des peaux de pastèques, des détritus ménagers, des gravats de chantiers, des chiens morts, des matelas défoncés et même un frigidaire en ruine.

Et dire qu’on parle de tourisme, de villes modernes et de peuple éduqué !

Ces plages de Hammamet font honte à voir. Elles ressemblent à une triste métaphore de notre situation actuelle.

Si je vous parle de Hammamet, c’est que nous sommes à la veille des grandes vacances d’été. Je pourrais évoquer n’importe quelle ville tant la situation se dégrade jour après jour.

Je pourrais aussi pleurer toutes les larmes de mon corps pour dénoncer la décadence qui frappe aujourd’hui Tunis.

Jamais, jamais, au grand jamais, Tunis n’est tombé aussi bas. La saleté partout, l’incivilité partout, la violence partout…

Une agressivité, jadis insoupçonnable, sévit à fleur de peau alors que les néo-tunisois sont lancés dans un véritable concours de vulgarité.

Tous les coups sont permis et c’est la ville qui trinque. Pire, Tunis n’est plus une ville véritable. Tout au plus peut-on parler d’une agglomération d’agglomérations qui chercherait son centre et son identité.

Depuis longtemps déjà, les citadins se sont recroquevillés face aux assauts de l’exode rural et urbain. Désormais, ils se cachent ou errent dans une ville déboussolée, écrasée.

Pauvre Tunis, que sont-ils en train de faire de toi…

Qu’on ne m’accuse pas de faire du « beldisme » primaire, car je ne suis ni « beldi » ni « gôor ». J’appartiens tout simplement au petit peuple des faubourgs de Tunis.

Et aujourd’hui, j’ai mal à ma ville. Je ne reconnais plus ma ville. Ceux qui l’habitent désormais la déshonorent chaque jour un peu plus, effacent son histoire et son héritage pour mieux la livrer aux braqueurs, aux illuminés et aux désespérés.

Je ne peux plus me résigner à vivre, dans la nouvelle humiliation qui se dessine. Celle qui fait que le plus violent dicte sa loi, le plus fort sa morale et le plus bigot ses cinq séries de génuflexions.

Pauvre Tunis, tes nouveaux maîtres cherchent à détruire ce qui reste de ton esprit ouvert, cosmopolite et libre.

Pauvre Tunis, que reste-t-il de ta splendeur émasculée par deux dictatures et une révolution qui, au fond, leur ressemble.

Pauvre Tunis, tu es le fantôme de ce que tu fus et désormais tu es peuplée d’ombres déchues et de brutes triomphantes.

Mais, tu le sais, je le sais, demain tu renaîtras, car la barbarie t’a souvent mise à genoux, réduite, mais jamais anéantie.

Demain, Tunis, demain sera un autre jour… Demain, Hammamet, demain sera un autre jour…

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