L’initiative de BCE vise une alternance au pouvoir et non une alternative...

L’initiative de BCE vise une alternance au pouvoir et non une alternative à la Troïka

Par M’hamed Ben Sassi -

Avant hier sur les ondes de Mosaïque fm, Beji Caied Essebsi a donné plus de détails au sujet de son initiative baptisée dans un premier temps « appel de la nation », en expliquant que la démocratie ne peut pas se ramener aux élections et que la légitimité ne peut pas se réduire à un vote d’investiture. Il a, par ailleurs, réitéré son point de vue sur le projet d’exclusion des Rcédistes considérant que la mesure envisagée est une sanction collective que seule l’autorité judiciaire est en mesure de prendre.

Selon Caied Essebsi, le paysage politique dans sa physionomie actuelle favorise une nouvelle victoire d’Ennahdha. Pour le justifier, il s’est appuyé sur une analyse statistique des résultats des dernières élections qui démontre que près de 40 % des voix ont été obtenues par le mouvement Ennahdha et que plus de la moitié est éparpillée entre différentes formations politiques, ce qui explique la chétivité des scores obtenus par les partis de l’opposition. Pour Beji Caied Essebsi, le rassemblement des forces centristes et démocratiques est de nature à modifier substantiellement la donne électorale. Le Mouvement Ennahdha sera ainsi en compétition sérieuse avec une force de taille qui a son poids plutôt qu’accaparer à lui seul le leadership sur la scène politique. Il a ajouté que le but recherché à travers son initiative n’est pas de contrecarrer la Troika mais d’apporter une contribution significative au projet démocratique en cours de gestation . Cet apport consiste à préparer le terrain à une véritable alternance au pouvoir sans laquelle le processus sera menacé par un retour au totalitarisme et à la confusion des pouvoirs.

Si l’on se limite à ces explications fondées sur des données statistiques, on peut être d’accord avec Caied Essebsi sur l’analyse et adhérer à l’initiative en dépit des incohérences qu’elle dégage. Mais si l’on tient compte de la réalité sur le terrain et des mouvances qui la caractérise, cette analyse manque de perspicacité. En effet, rien ne prouve que les Tunisiens qui ont voté massivement pour le mouvement Ennahdha et ceux qui se sont abstenus vont observer la même attitude lors des prochaines élections. Plusieurs indices et plusieurs données présument qu’il n’en sera pas forcément ainsi sachant que le vote pour le mouvement Ennahdha s’est basé sur un programme électoral prévoyant des solutions concluantes et des réformes radicales en un temps record et que l’abstention pour la plupart des citoyens est justifiée par le manque de confiance dans les partis politiques. Avec l’évolution de la situation, l’implication des Tunisiens dans le choix des représentants et des dirigeants pourra surprendre ceux qui fondent leur raisonnement sur l’inamovibilité.

Sur un autre plan, le rassemblement des forces de l’opposition démocratique pourrait être un bon remède pour faire front au parti majoritaire au pouvoir. Seulement, l’initiative de Caied Essebsi a été au-delà de cet objectif puisqu’il propose la création d’un méga-parti qui engloutirait d’autres formations politiques où il sera le seul maître à bord avec la bénédiction de l’ex RCD et où les co-fondateurs joueront les premiers rôles. Ainsi, l’on se demande si cette initiative tend à reconfigurer la scène politique dans le sens de la bipolarisation ou si elle a pour visée d’imposer des figures politiques et des persona non grata soit parce qu’elles rappellent un passé douloureux soit parce qu’elles ont déçu lorsqu’elles ont été mises à l’épreuve.

L’exclusion des RCD est une mesure d’inéligibilité et non une sanction politique
Revenant encore une fois sur le projet de reconduction du fameux article 15 du décret-loi électorale, Beji Caied Essebsi y a vu une sanction collective infligée aux anciens cadres du RCD dont le seul tort est d’avoir été dans le parti unique qui était au service du Président déchu et de sa dictature. Il pense qu’il est du seul ressort de la Justice de déchoir un citoyen de son droit à l’éligibilité. Mais il oublie que pour la très grande majorité qui garde encore en souvenir les atteintes au droit de l’homme, la répression et la tyrannie auxquelles le RCD a été partie prenante, ceux qui ont occupé des responsabilités dans ce parti sont aussi dangereux que le dictateur qui se servait d’eux. Leur soutien au dictateur, leur silence et leur implication dans le parti justifient la suspicion à leur égard. Les exclure du droit à l’éligibilité ne s’explique pas seulement par leur passé scandaleux, mais s’impose pour que l’histoire ne soit pas un perpétuel recommencement en leur permettant de revenir par la fenêtre. Il s’impose, car plusieurs électeurs parmi les anciens membres du RCD, peuvent les plébisciter pour se soustraire à la mise en quarantaine dans laquelle ils se trouvent. Ils ont honte d’évoquer leur adhésion et appréhendent le regard des autres. En attendant, certains d’entre eux font allégeance au parti actuellement au pouvoir comme ils l’avaient fait du temps de Bourguiba et de Benali, car pour cette catégorie de citoyens, l’appartenance au parti au pouvoir leur garantit avantage et immunité.

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