Opinion – Politiquement incorrect

A chaque fois qu’une dispute éclatait entre mes sœurs, je me souviens de ma grand-mère (qu’elle repose en paix), disant à l’une d’elles : Arrête ta politique ! « yezzi mil Boulitique mtaaek ».

Alors, d’où nous vient cette idée saugrenue, qu’un homme politique doive être vertueux honnête et brave si, depuis la nuit des temps, on retrouve un peu partout cette définition du politicien : « Personne qui s'occupe de politique à titre professionnel, en connaît et en utilise toutes les intrigues. »

Du temps de Ben Ali, un deal tacite s’était installé entre lui et nous : Restez entre vous, ministres, puissants, bourgeois etc.. Bouffez-vous autant que vous le désirez, comme des requins, mais donnez nous le minimum pour vivre comme on le peut ou comme on le veut. Ce deal a duré 23 ans.

Aujourd’hui, la politique s’étale dans les marchés du plus miteux au plus chic, chez le vendeur à la sauvette qui ne se sauve plus, dans le café du coin, entre le narguilé et une émission poubelle… Elle est partout, elle a envahi nos vies et nos esprits, alors qu’hier encore, quasiment personne ne regardait le 20 heures, à part ceux qui y apparaissaient.

Avons-nous réalisé une révolte ou une révolution ? Je dirais les deux. S’il est clair que la jeunesse tunisienne s’est révoltée à cause de la précarité et la paupérisation galopante. On n’accepte que la définition partielle du mot révolution qui se traduit par un renversement brutal et extrême dans l’ossature politique et sociale d’un pays.

Et c’est là où la révolution trébuche, ceux qui se réclament de la gauche ne veulent aucun changement social, seulement politique. Mais Ennahdha a compris qu’elle doit impérativement établir une corrélation entre les fondements inhérents à une révolution. C’est son unique chance d’islamiser cette société mécréante et la mettre sous le carcan de la « chariaa », pour se poser en unique protectrice et garante à vie de l’Islam en Tunisie, comme c’est le cas en Iran ou ailleurs… Une façon comme une autre d’enrober grossièrement la dictature et d’assurer des arrières bien dorés !

Depuis qu’Ennahdha est au pouvoir, on n’entend parler que du sacré, du blasphème, du sacrilège, de l’atteinte aux bonnes mœurs, du « hijab », du « niqab », salafisme etc. Et le déchainement de la violence comme vecteur pour initialiser, « to boot up », les secteurs de nos croyances et notre façon de visionner, le bien, le mal, le maudit et l’interdit.

Lu quelque part sur le net :
« Mardi, le groupe Ennahdha à l’Assemblée constituante a proposé d’inscrire l’interdiction de l’atteinte au sacré dans la Constitution. Qui sera juge des limites du sacré et de ce qui lui porte atteinte ? Un flou propice à l’arbitraire et une belle brèche dans l’édifice de la liberté d’expression »

Qui pourrait s’élever contre une telle loi ?

Mais qu’en est-il de l’économie, de l’éducation, du chômage, du progrès, de la manière de se hisser au niveau des pays industrialisés ou autres… Rien !

Si je prends par exemple Mohamed Nejib Chebbi comme figure emblématique de l’opposition ou Maya Jribi, qui font le bonheur des médias en ressassant leur perpétuel combat contre Ben Ali, la grève de la faim de Chebbi, ex fervent défenseur des salafistes. Les mêmes, aujourd’hui qui veulent sa tête dans un couffin.

L’opposition est aussi inerte qu’au temps de Ben Ali. Avant elle chuchotait, aujourd’hui elle parle pour ne rien dire, ne rien faire, à part critiquer ou manifester. Il est clair que la pression de la société civile est plus forte que cette opposition de salon. Elle ne propose aucune alternative concrète à part le fameux « dialogue » entre toutes les parties. Un chemin qui ne mène nulle part, étant donné que la force est du côté pénible.

Il est vrai que depuis cinquante ans, l’opposition a ses traditions. Elle reste coincée dans les critiques sans avancer aucun pion.

L’ANC, qui n’a pas rédigé une seule ligne de la constitution, attendant patiemment que les brebis galeuses du peuple rejoignent le troupeau, portant pavillon « chariaa », est menée savamment par ses bergers aux longs bâtons et à l’occasion, aux cocktails Molotov d’origine salafiste et autres énergumènes.

Un président quant à lui, jouit d’une quiétude olympienne sur les hauteurs de Carthage, profitant des avantages inouïs de ses fonctions, qui consistent à regarder l’horizon sans se soucier de ce qui se passe ici bas. Il n’est définitivement pas des nôtres, nous autres tunisiens !

On parle dans les coins et recoins, on attend et on aspire à ce que notre salut jaillisse de l’initiative de Béji Caid Essebsi. Mais voilà que la machine s’enraye avant même de commencer. Omar S’habou se retire de ce qui est encore un embryon de parti. La cause de ce retrait est déjà décourageante et remet toutes nos pendules aux heures typiquement arabes. Il refuse que BCE se proclame Président de ce parti.

Le leadership est un virus qui a rendu nos sociétés arabes malades. Cette bulle du pouvoir à laquelle ils aspirent tous, opposants ou pas, leur fait retourner les vestes et tourner les têtes jusqu'à en devenir, sans le vouloir vraiment, malhonnêtes.

JFK a dit cette phrase célèbre en s’adressant au peuple américain : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. ». Je dirais à nos politiciens : « Ne pensez plus à votre devenir, mais pensez à ce que votre pays va devenir. »

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