Opinion – A qui profite la ‘discorde’ entre l’armée tunisienne et les blogueurs ?

Ramzi Bettaieb, journaliste de Nawaat, a entamé une grève de la faim le 25 mai dernier, suite à la confiscation de son matériel par la sécurité militaire lors du procès des martyrs, devant le tribunal militaire du Kef. La justice militaire reproche à celui-ci d'avoir prétendu faire partie de la famille d'un des martyrs, puis par la suite, filmé secrètement le procès, puisque le temps de filmage était limité à 3 minutes avec autorisation.

Pris en flagrant délit, le corps militaire lui aurait confisqué ses 2 caméras, mais aussi les téléphones portables des familles des martyrs. Certaines sources affirment même que le commandant Mohamed Takkari de la sécurité militaire avait fait savoir au journaliste que Nawaat était sous surveillance à cause de ses articles hostiles et de ses diffusions de certains extraits des procès de justice.

N'oublions pas que les salafistes y ont aussi un rôle à jouer. Non seulement, ils ont la possibilité d'influencer davantage les "brebis égarées", mais aussi de faire en sorte que le cours du procès tourne mal, tout en arguant des slogans à l'encontre des journalistes tunisiens. Résultat, la liberté d'expression est devenue un vrai bras de fer entre l'armée tunisienne et les journalistes avec pour décor, les salafistes.

D'après vous, y a-t-il un risque que l'armée et les activistes deviennent les marionnettes du mouvement salafiste sans qu'ils ne se rendent compte de rien? Nous y reviendrons plus tard, mais tout d'abord nous devons continuer de reconstituer les événements chronologiquement.

En effet, l'application de l'article 23 du décret-loi n°115 a fait sursauter les blogueurs, notamment le Parti Pirate Tunisien. Lequel a dernièrement fait part d'un communiqué dans lequel il affirme que "tout citoyen tunisien a le droit de connaître la vérité sur les assassinats de la révolution" et dans lequel il demande que le procès en cours soit immédiatement interrompu et qu'aucun verdict ne soit rendu. En outre, le Parti Pirate Tunisien demande la diffusion directe du procès et l'entrée libre des journalistes.

Plusieurs blogueurs, dont notamment Houssem Hajlaoui, Lina Ben Mhenni et l'épouse de Ramzi Bettaieb, ont rejoint ce dernier dans sa grève de la faim. Reporter Sans Frontières a sonné l'alerte et a condamné fermement l'article 23 du décret-loi n°115, lequel empêche aux journalistes de couvrir des affaires d'intérêt général.

Rappelons que Chaker Besbes, journaliste à Mosaique Fm, a été condamné en première instance à verser une amende de 200 dinars pour avoir filmé illégalement l'audience du procès Nessma, avant d’être acquitté par la cour d'appel. Des poursuites judiciaires ont été engagées à son encontre sur le fondement du même article.

Conclusion générale, même si la bataille pour la liberté d'expression en Tunisie est loin d'être gagnée, l'armée doit rester l'allié principal et fondamental du peuple. Et les blogueurs doivent rester la voix du citoyen. Car c'est grâce à leur audace et à leur persévérance que nous avons pu enfin nous débarrasser de la famille mafieuse! L'armée doit assouplir ses dispositions et les blogueurs doivent se rapprocher davantage du Tunisien pour qu'ils puissent mener à bien leur mission. Main dans la main, la vérité finira par éclater et la menace salafiste n'augmentera pas davantage. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il y a toujours des manifestations culturelles partout en Tunisie telles que le printemps des Arts, Tounes ta9ra... Alors tous ensemble pour le bien de notre Tunisie!

Emna Ben Abdallah

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