Les humeurs de « tata »

On a tous dans notre entourage une « vieille tante sordide ».Vous savez, celle qui raconte des catastrophes à longueur de diner de famille. Crimes, maladies affreuses, misère, couacs conjugaux & autres drames du quotidien, rarement le sien d’ailleurs.

Le quotidien prétendu des « gens », du moins tel qu’il lui est rapporté, par le regard déformant d’autres « sordides ».

Vous vous êtes peut être posé la question de l’utilité des ces saupoudreurs de pessimisme, vous vous êtes étonnés de la capacité de résistance de ces personnages à leurs propres diatribes, alors que quelques minutes de ces lamentations réduisent à néant votre énergie, pire, remettent en mouvement vos certitudes, pourtant durement assises à coup de succès; réponse à suivre.

Nos sociétés dites ‘modernes’ se nourrissent du culte de la croissance, du progrès régulier et ont une fâcheuse tendance à connaitre des surchauffes d’espérance.

Ce fin maillage de rabat-joie, « vieilles tatas» réelles ou médiatiques joue un rôle salvateur, il nous permet, de garder les pieds sur terre, éviter la surchauffe.

Une fine dose de pessimisme dans un océan d’optimisme, telle serait l’équation du moteur, qui modère les ardeurs sans couper l’élan.

Cet équilibre ‘micro’ se traduit par une harmonie ‘macro’ et génère de l’envie, du positif, dans l’économique cela s’appelle: la prospérité, durable.

Inversez cette formule vertueuse, et vous obtenez la Tunisie d’aujourd’hui
L’espérance soulevée le 14 janvier 2011 était accompagnée simultanément par un flot ininterrompu de pessimisme, humeur persistante.

Légitime expression de sentiments longtemps réprimés, nous a-t-on dit. À postériori, signes de quelque chose de plus profond.

Des signes qui ne trompent pas, dès le 14 janvier 2011, les gens se terrent chez eux, couvre feu, confusion et compagnie, la ou ailleurs, aurait normalement régné la fête, rien de ne justifiait cela.

D’autres signes suivent, éludés, souvent, alors qu’essentiels, le désintérêt de la moitié de la population du processus électoral, rien de factuel ne justifiait cela non plus, mauvaise humeur, générale.

Bref, « ça va mal »
Surtout dans les têtes en réalité, et ce n’est pas la tentative du pouvoir de déverser de l’optimisme cathodique qui va changer les choses, au contraire, cela ajoute une arme dans l’arsenal dépressif de la « vieille tante », cercle vicieux.

En réalité, comme dans tout rééquilibrage d’humeur, la thérapie est celle que m’a soufflée – involontairement – ma « tata sordide »

« Il faut arrêter de mentir aux gens, de dire ce qu’ils veulent entendre »
Dire la vérité, celle, que vous n’entendrez d’aucun politique, c’est aussi par, exemple qu’on a connu la plus forte croissance de notre histoire les vingt dernières années, les années de la dictature.
Une croissance qui a sorti des pans entiers de la population de la pauvreté, attisant par la même les inégalités, la frustration, source fondamentale de la révolte, c’est par la richesse que c’est donc arrivé.

La vérité, c’est également que la Tunisie a définitivement basculé dans l’ère de la consommation, de la performance, que par conséquent, cela sera plus difficile pour une partie des Tunisiens, les moins aguerris, avec ou sans diplômes, avec ou sans Ben Ali.

La vérité c’est encore que plus rien ne sera « garanti» comme dans la Tunisie post indépendance , ni les prix, ni les emplois, ni l’accès à la propriété, nous avons vécu dans les années 90 un changement total, distillé en douce.

La vérité enfin, c’est que, en contrepartie du risque accru, cette liberté génère d’avantage de richesse. Le gâteau est plus grand, le potentiel est réel, il faut le dire aussi.

Ceux qui affirment le contraire ou promettent de remettre du paternalisme dans le système, mentent aux gens, les maintiennent dans le blues.

Installer l’optimisme factuel, arrêter la liturgie postrévolutionnaire stérile ont été décrétés urgence nationale par ma tante, cette fois, je suis d’accord.

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