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Opinion – La Télé Nationale se révolte : «Si vous êtes des vendus, nous ne sommes pas à vendre !»

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La Télévision n’est pas l’un des Palais de Ben Ali et ne sera pas mise aux enchères aux Qataris !
Le 2 mars une poignée d’illustres inconnus ont pris la décision de planter leurs tentes devant le siège de la Télévision exigeant, demandant, ordonnant… Un procureur dépêché sur place le jour même affirma sans ciller : « Ils ont le droit, c’est un espace public.. ». Comme si tous les citoyens ont le droit de faire ce qu’ils veulent dans les espaces publics sans respect, ni pour l’environnement, ni pour le voisinage ni pour les infrastructures appartenant à la collectivité.

Le personnel de la Télévision a dû faire abstraction de leur présence, car ils ne représentent finalement qu’une quantité négligeable et insignifiante, payés à la journée selon certaines sources. Pendant 50 jours, sans ciller ces intrus, ont fait de la façade la Télévision, l’entrée d’un marché aux puces. Vendant à la criée l’honneur et la moralité de tous ceux qui arpentaient les portes d’entrées pour accomplir leur travail, dans des conditions assez pénibles. Subissant des agressions verbales et parfois physiques.

Le 23 avril, après 51 jours d’infamies diverses et variées, les indics d’Enahdha, selon certains, écoutant la voix de leur maître Ameur Larayedh dévoilèrent leur carte maîtresse : ils inscrivirent sur une des plaques « TV7 à vendre » au su et au vu des militaires et des agents de police en place. Un geste intolérable, dans un pays souverain respectueux des lois. Il est interdit de tagger les biens publics. Mais rien n’est plus normal ici-bas… Très bas en Tunisie.

C’était l’épigramme de trop, celui qui a fait déborder leur colère. Face à l’inertie d’un gouvernement aux abonnés absents dès qu’il s’agit d’appliquer la loi et l’ordre équitablement. Techniciens, journalistes et tous les employés appartenant à cet établissement, ont décidé de se faire justice et de s’opposer, corps et âmes, comme un seul homme/femme, à ces vandales, hooligans nouvelle version. Milice pro-Enhadha: Made in Tunisia.

Après une journée tendue, un face à face et un minimum de cinq blessés, le ministre de l’Intérieur décide d’ordonner, via le procureur de la République la levée du sit-in. Une conférence de presse s’ensuivit organisée au siège de la Télévision Nationale.

Le 24 avril, rien ne bouge, « TV 7 » est toujours à vendre. L’escalade envenime tous les rapports. Un cordon de police empêchait les employés d’aller en découdre avec les sit-inneurs. Un des journalistes a essayé de discuter avec eux, en guise de réponse, il a récolté un coup de couteau. Voilà le genre de dialogue qu’on peut instaurer avec ces gens-là !

Un officiel, Taoufik Dimassi, DG de la sécurité publique a bien voulu se faire violence et dans son extrême modestie s’est déplacé pour entamer des pourparlers avec les squatteurs. Il aurait pu s’abstenir, rien n’a réussi à faire déplacer les tentes d’un pouce ! Peut-être qu’il n’est pas aussi Nahdhaoui que ça ? Après tout !

Le procureur de la République ne voyait aucune urgence et il est resté bien à l’abri dans son bureau, n’étant concerné en rien par ce qui se passait devant le siège de la Télévision. On pouvait comprendre son point de vue, la situation n’était pas assez pourrie comme cela. Après tout, il n’y a pas mort d’homme !
Finalement, dans son infinie bonté, il a accordé aux « beni archihi », 48 h de plus.

Ce qui a provoqué la fureur des employés de la télévision et les heurts ont continué de plus belle.
Lotfi Zitouni, conseiller politique du chef du gouvernement (c’est quoi ce poste au juste ?) après deux heures de papotages avec les siens et peut-être quelques promesses. Les campeurs à l’arme blanche, aux laptops dernier cri et le nec plus ultra des caméras, ont plié bagages.
Lotfi Zitouni n’a pu échapper aux huées des employés et ses oreilles ont dû bourdonner longtemps avec ce slogan : « Ministre sans décision, la porte t’attend » et le célébrissime dégage.

Demain si vous avez envie de planter une tente devant la maison de M. Jbali, vous aurez la bénédiction du procureur … Normalement… si nous sommes tous égaux vis-à-vis de la loi.

Mais force est de constater que la justice et l’ordre ont embarqué sur la galère punique battant pavillon liberté, celle qui figure sur les armoiries de la Tunisie. Des armoiries oubliées, désuètes d’après des valeurs qui donnent toutes ces lettres de noblesse désormais à la médiocratie.
La politique en Tunisie étant devenue le bal masqué des bizuts de machiavel !

Si le reste de la Tunisie suit l’exemple de cette télévision qui ne s’est pas laissée faire, qui a brisé ses chaînes. Le chaos insensé dans lequel nous sommes plongés depuis la révolution pourrait prendre fin un jour. Nous pourrions tourner cette page de l’histoire, au mieux la déchirer, où tout se barbouille et se gribouille à la recherche d’une virgule salvatrice, à défaut d’un point salutaire. Sinon, le primitivisme de ce gouvernement aurait raison de notre révolution, et toute notre évolution à travers des siècles de civilisation.

On était une république bananière, on ne restera pas éternellement la république des ténèbres. Sans Liberté, ni ordre ni justice !

Lorsqu’un jour, le peuple aspire à vivre,
Le destin se doit de répondre !
Les ténèbres se dissiperont !
Et les chaînes se briseront !

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