Richard Stallman : «Free software, free countries»

Richard Stallman : «Free software, free countries»

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Richard Stallman, figure emblématique de la lutte pour les «Free Software» dont il est le président et fondateur, sera de retour en Tunisie, pour la deuxième fois, et ce, pour animer trois conférences : « le 29 avril à l’INSAT à Tunis, le 1 mai à Mejez el Bab et le 2 mai au Palais des sciences à Monastir ». La première fois qu’il est venu à Tunis, c’était lors de la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), en décembre 2005.

Lors du SMSI, Richard Stallman a enveloppé son badge d'accès d'aluminium pour ne pas être tracé et suivi !
Au début du SMSI, Webdo (version papier) a rencontré Richard Stallman au stand des Nations unies pour le développement (PNUD), à côté de l’ordinateur à 100$. Il nous a accordé une interview dans laquelle il nous a expliqué les bienfaits de free software sur le destin d’un pays, sur son indépendance numérique. Une interview que nous jugeons utile de republier.

Que pensez-vous du projet «un ordinateur à 100 $ ?
C’est une bonne idée s’il est créé avec du free software. Dans ce projet, les responsables parlent de l’open source dont les critères ne sont pas exactement les mêmes que ceux du free software. En général, tous les programmes open source sont des free software mais il y a des exceptions. Alors concernant l’ordinateur à 100 $, attendons voir.

Il y a un amalgame entre le mouvement free software et open source. Pouvez-vous nous expliquer la différence?
L’Open source (logiciel ouvert) est une autre façon de nommer le logiciel libre sans mentionner son aspect politique et éthique. La communauté logiciel libre veut la liberté de pouvoir utiliser n’importe quel programme, et de le modifier si elle en a envie, mais également que tous les utilisateurs soient à pied d’égalité en ayant les mêmes droits, et coopérer ensemble pour partager et améliorer leurs trouvailles. Ceci dit, les gens d’open source vénèrent le logiciel libre, mais veulent que nos idéaux soient oubliés, comme ceux des développeurs RED HAT.

Certains parlent de la ressemblance entre le mouvement du Free Software et celui du communisme, qu’avez-vous à leur répondre ?
Simplement qu’ils ont très mal compris. Peut-être, le confondent-ils avec le logiciel gratuit? Mais ce n’est pas le cas, c’est du logiciel libre.

En quoi votre participation sera-t-elle bénéfique au Sommet ?
Je ne sais pas si le Sommet va porter ses fruits. Mais je suis ici parce qu’il y a des gens qui m’ont demandé de participer à leur événement. Alors, je vais donner un speech sur le «Free Software (logiciel libre), pourquoi les logiciels doivent être libres et pourquoi les gouvernements doivent utiliser les logiciels libres.

Pourquoi les gouvernements doivent utiliser les logiciels libres ?
Tous les gouvernements traitent des données de leurs citoyens afin d’arriver à des buts sociaux pour l’intérêt du peuple. Ces données constituant des informations sensibles sur la vie privée des citoyens, le gouvernement doit être en mesure de les gérer totalement. Alors, elles ne doivent pas finir dans les mains des entreprises multinationales. En effet, s’ils utilisent des logiciels non libres, cela permet alors aux développeurs des logiciels propriétaires de contrôler les ordinateurs des citoyens. Ce qui est en contradiction avec le but des gouvernements: garder le contrôle.

Mais certains gouvernements optent pour le logiciel propriétaire, Microsoft…
Parce que, d’une part ils ne se sont pas aperçus des problèmes que je viens de citer. Et de l’autre, Microsoft veut acheter leurs appuis.

Comment cela est-il possible ?
Dans le but de maintenir son pouvoir colonial, Microsoft dispose de stratégies qui peuvent être utiles et nuisibles à des pays, Microsoft n’est pas le seul dans cette histoire. D’autres entreprises qui utilisent des logiciels propriétaires ont des méthodes différentes pour influencer des gouvernements afin de maintenir leurs suprématies. Par exemple, lorsque le parlement européen était engagé dans le choix des modèles pour les logiciels, plusieurs entreprises ont menacé certains gouvernements européens de désinstaller leurs filiales, s’ils ne supportent pas les normes qu’ils demandent. Ces entreprises détiennent nos pays. A mon avis, la première chose à faire est que ces pays doivent créer une loi contre ce comportement.

Quelles recommandations donneriez-vous à la Tunisie sur le logiciel libre ?
Le meilleur moment de migration entre le monde du logiciel propriétaire et celui du libre se trouve dans les écoles. En effet, c’est à ce stade de vie qu’on a le choix entre le logiciel libre ou le logiciel propriétaire. Un choix basé sur du logiciel libre permettra à la Tunisie de contrôler les logiciels, les adapter, les faire évoluer, les entretenir… Mais dans le cas contraire, la Tunisie pourrait être fondée sur une technologie contrôlée par d’autres, comme les multinationales. Dans ce cas, un pays n’est pas colonisé par un autre pays, mais par une entreprise. Dans le même ordre d’idées, on peut constater d’autres faits parallèles. Ainsi, les entreprises des logiciels propriétaires sont des colonisateurs des temps modernes. Elles transforment des communautés et des nations en état de dépendance. Elles produisent des logiciels qui ne peuvent être contrôlés que par elles. De plus, pour maintenir leur mainmise sur des nations, elles recrutent et chouchoutent des élites locales. Ces dernières, pour garder leurs rangs sociaux, sont obligées de protéger les intérêts de leurs entreprises; donc de servir le colonisateur et de coloniser leurs propres pays.

Interview menée par WBY – Tunis-Hebdo, 5 décembre 2005

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