Opinion – «Man antoum ?» : Qui êtes-vous ?

Opinion – «Man antoum ?» : Qui êtes-vous ?

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Les hommes de l’ombre. Les hommes de main. Les intouchables.

Sacralisés, prisonniers politiques par les prêts-à-penser, mais leur réalité est autre. Ce sont de dangereux criminels dans la pensée et les actes. Amnistiés tous et sans aucune distinction, après la révolution.

Ils n’aiment pas beaucoup les médias, dans leur religion ça doit être hram. On a quelques interviews, quelques photos, quelques prêches et c’est tout.

Les nouveaux meneurs de la Tunisie sont discrets, très discrets ! Mais lors des manifestations, leurs mercenaires font éclater toute la violence dont ils sont capables et au-delà ! Devant un micro, une caméra ou ne serait-ce qu’un stylo, ils sont aussi doux que des agneaux, aussi sages que des anges. Du sourire de celui qui a tout compris et vous rien, ils vous assènent leur vérité. A laquelle tout le monde doit se plier et qui ne souffre d’aucunes contre argumentation : « Hadha hokm rabbi » : « C’est la volonté de Dieu. «

Vous pouvez ramasser votre bac+six ou huit et en faire des confettis mêlés d’un vague concept démocratique, touillé avec une pincée de liberté. Comme le tout et même le rien de ce tout, ne peut être que l’œuvre du colon cet impardonnable mécréant, éternel conquérant !

Les quatre chefs incontestables du salafisme djihadiste qui lèvent des armées tous les jours que Dieu fait, depuis la révolution. Étendent leur sphère d’influence au-delà du Tunisien lambda et des mosquées pour s’implanter dans le gouvernement Jbali et à travers les députés d’Ennahdha à l’ANC, à l’instar de leur ventriloque Sadok Chourou.

Seifallah Ben Hassine surnommé Abou Yadh est selon l’ONU le fondateur en 2000 du « Groupe combattant tunisien », associé à feu Ben Laden et larbin de ce dernier dans le vitriolage de l’image des musulmans dans le monde. C’est une star internationale bien connue de tous les services secrets puisqu’à son actif, on lui impute des actes terroristes commis en Turquie et ailleurs, pour lesquels, il purgeait une peine de prison en Tunisie depuis 2003, jusqu’à sa libération. Il est même lié aux deux Tunisiens qui ont assassiné traitreusement Ahmad Shah Massoud, en 2001 en Afghanistan.

Oui, le nouveau paysage politique démocratique tunisien compte dans ses membres cet illustre personnage.

Le Cheikh Béchir ben Hassen sévit principalement dans la grande mosquée de Msaken. Avant la chute de Ben Ali c’était dans la Mosquée de Villiers-Sur-Marne en France qu’il donnait ces cours gracieusement, du matin au soir. Entre autres il préconise qu’une femme ne devrait jamais voyager seule de Tunis à Sousse. Et lors de l’une de ces prêches, il abat sa fatwa du jour : les opposants au gouvernement sont des mécréants. Oui le paysage politique tunisien a un fleuron de taille en la personne de ce Cheikh. Pour nous autres femmes, la parité n’est pas à l’ordre du jour, il faudrait déjà essayer d’exister d’abord !

AlKhatib Idrissi son fief c’est Sidi bouzid, ancien infirmier, non-voyant refuse de reconnaître la légitimité de n’importe quel gouvernement depuis la révolution. Il menait son combat en toute discrétion, mais d’après la police de Ben Ali- information toujours sous-réserve- il a émis une fatwa autorisant l’opération terroriste du « groupe de Soliman » ce qui lui valut le titre de prisonnier politique comme ces autres frères sus-cités et d’être amnistié après la révolution. Oui nous avons des savants religieux et chefs de guerre dans le paysage politique tunisien.

Mohamed Bakhti : Chef des salafistes étudiants, le petit poussin qui monte et pousse pour fermer définitivement cette satanique Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba. Rien dans cette université n’est en adéquation avec sa tête réduite par l’excellence : ni les lettres, ni les arts, ni l’humanité. Son cursus universitaire… Pardon son cursus djihadiste …. Puisqu’il était en prison depuis 2007 suite à l’opération « groupe de Soliman » fait de lui le visage de proue d’une jeunesse perdue à travers les maillons de la dictature, de la misère intellectuelle subi depuis plus de 23 ans et repêché par les religieux radicaux qui prônent une religion de plus en plus étrangère à l’islam.

Non, la Tunisie ne va pas bien. Non la Tunisie ne prend aucun chemin, à part celui de la perdition et de la fracture sociale qui s’agrandit au fil des prêches et de cette impunité insolente et dégradante dont use le gouvernement face aux méfaits de ces malfrats.

Le gouvernement gaze un quartier entier à Radès, hommes, femmes, enfants sans aucune distinction et ne touche pas à une barbe crasseuse des sit-inneurs de la Manouba ou ceux de la TV Nationale. Ces hideuses tentes, loqueteuses plantées entre un prestigieux hôtel, le siège de la Télévision et le Ministère des Affaires étrangères. Quelle image défigurée donnons-nous à tous ces étrangers qui auraient aimé investir ou passer un séjour en Tunisie ? Et même celui qui arpente ce chemin tous les jours, cela lui renvoie à chaque regard que son pays est dans une impasse moyenâgeuse dont il n’est pas prêt de voir le bout. Rien que le ministère de l’Environnement devrait intervenir pour dégager ces intrus.

Des procès abusifs en paquet qui usent et abusent des articles de loi insensés, qui n’ont jamais osé exister, même au plus fort de la dictature de Zaba. On apprend par exemple que Nabil Karoui est passible de la peine capitale pour avoir diffusé Persépolis. No comment.

Au-delà de tout ça, c’est le regard de l’autre, l’autre tunisien, mon voisin, mon ami, mon cousin, qui change imperceptiblement et sournoisement. Hier encore il ne voyait même pas la couleur de mon rouge à lèvre, aujourd’hui il ne voit que ça !

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