Le laboureur sans enfants

Le laboureur sans enfants

Par - Tunis-Hebdo

Comme invité, j’ai assisté, vendredi passé, à l’inauguration, en grande pompe, du Morocco Mall. Il s’agit d’un immense centre commercial innovant spécialisé dans les produits super luxueux. Y sont représentées toutes les grandes marques internationales de renom (350 espaces de vente).

Ce complexe géant réservé essentiellement au shopping, au business et à la culture s’étend sur dix hectares. Il est installé sur la corniche face à l’Atlantique avec six cents mètres de front de mer et offre, du coup, cinq mille emplois directs et plus de vingt mille indirects. Il est en train de changer le paysage de la capitale économique du royaume qui est en passe de devenir une méga-capitale, une fois la construction du métro de Casablanca achevée.

Partout et là où l’on va, Casa est en chantier. Et grâce au Morocco Mall, cette grande ville va attirer, à tours de bras, les touristes de partout du moment qu’il n’existe pas ailleurs un pareil Mall semblable dans le bassin méditerranéen et en Afrique, hormis dans le Golfe et en Amérique. Profitant, déjà, des situations «mouvantes» aussi bien en Égypte qu’en Tunisie, le royaume chérifien a accaparé dix millions de touristes en 2011, un record absolu. Qui dit mieux ?

C’est vous dire que le Maroc bouge, tous azimuts. On y investit, plutôt les Occidentaux et les richards du Golfe y investissent énormément. Du reste, nous avons, récemment, perdu un grand projet au profit de ce pays. Les promoteurs allemands, craignant le pire, suite aux grèves sauvages chez nous, ont préféré le Maroc pour y implanter leur usine de fabrication de pièces détachées destinées à l’aviation. Trois mille postes de travail perdus d’un seul coup, sans compter les capacités des techniques de pointe non acquises ! Ne parlons pas des dizaines et des dizaines de patrons d’usines installées à travers notre pays, qui ont dû mettre la clé sous le paillasson. Ils ont, vite, délocalisé leur entreprise…

Et que faisons-nous, ici en Tunisie, au même moment? Glorifier la révolution à l’infini et provoquer des troubles, particulièrement au Sud du pays, parfois pour des futilités. Quant aux grèves, le plus souvent injustifiées, le pays en a connu et en connaît à tout bout de champ, faisant perdre des millions de journées de travail. On parle de 2,5 milliards de dollars de perte en débrayages dont 500 millions uniquement pour le bassin minier de Gafsa. Soit la chute de l’équivalent de 4 % du PIB. C’est là un véritable cauchemar pour les membres du Conseil d’administration de la Banque Centrale. Ceux-ci viennent de lancer un cri d’alarme strident, du moment que notre croissance est sous zéro pour cette année : «(…) C’est la poursuite des difficultés économiques mettant en garde contre les risques de leur aggravation vers une situation de crise, d’autant plus que la marge de manœuvre au niveau de la politique monétaire est devenue très limitée, et ce, dans un contexte de conjoncture économique mondiale difficile, surtout dans les principaux pays européens partenaires, ayant engendré des retombées négatives sur le rythme de la production et des exportations des principaux secteurs de l’économie nationale».

De son côté, l’UTICA a fini par lancer un avertissement sans équivoque aucune : «La paralysie menace, dorénavant, de nombreuses entreprises économiques tunisiennes, en raison de la continuité du mouvement de protestations et de revendications sociales dans les différentes régions du pays».

Quant à M. Chedly Ayari, un expert financier reconnu, il a exprimé son étonnement dans les colonnes d’un de nos quotidiens en déclarant : «Pour la première fois, depuis l’Indépendace, la Tunisie entame une nouvelle année sans planification et sans perspective».

Si, suite à autant de mises en garde, les responsables ou les nouveaux leaders du pays continuent à faire la sourde oreille et à se «chamailler» à propos du partage du pouvoir —ne parvenant même pas à constituer un gouvernement quelconque— alors, c’en est fini de l’économie nationale. La révolution nous l’avons bien réussie. Alors, cessons de nous quereller à propos, entre autres, du «niqab». Retroussons, alors, nos manches et retournons au travail ! Autrement, nous courrons à notre grande perte. N’oublions pas que c’est l’économique, en principe, qui prévaut sur le politique.

Retenez ce constat : au rythme où vont les choses, jamais au grand jamais, ni Tunis, ni Alger ne sauraient rattraper le triomphal progrès économique et financier réalisé par Casablanca !

Le Maroc, devenu «intelligemment islamique» par la volonté de son roi à la force de l’âge, de surcroît, un pragmatique, jouit toujours de la confiance des hommes d’affaires français et autres qui y investissent en grand. A des moments de doute, suite à l’attentat de Marrakech de cette année, les décideurs à Paris, pour ne citer que ceux-là, n’ont pas protesté outre mesure contre le royaume, alors qu’une dizaine de Français, dont des enfants, ont péri. Pareil «triste avatar» arrivé à Tunis, par exemple, aurait provoqué un froid, voire une crise diplomatique, du moins à décourager sciemment le gros des touristes européens de fouler notre sol… Le monde est ainsi fait…

M’HAMED BEN YOUSSEF – Tunis-Hebdo

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