Rebonds – Troublantes gesticulations

Rebonds – Troublantes gesticulations

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Certaines coïncidences sont troublantes. Elles vous laissent perplexe, démuni voire totalement sur le carreau.

Voici un premier ministre en puissance qui se lance dans un éloge du califat. Ses propos peuvent-ils s’éloigner à ce point du lien républicain ? Rassure-t-il par ces envolées l’aile radicale de son mouvement qui -justement- remet en question notre République ? L’homme est loin d’être un amateur et ses dires, même tempérés par une reculade tacticienne, sont loin d’être gratuits. Troublant!

Voici un militant historique opposé de longue date au Destour et aujourd’hui allié stratégique des vainqueurs islamistes. Après les premiers jours de la Révolution, il s’est donné en spectacle, au point de frôler le ridicule, sur tous les plateaux de télévision francais, affirmant à qui voulait bien l’entendre qu’il serait le prochain président de la Tunisie. Ensuite, il s’est fait porter en triomphe à l’aéroport dans un moment fort théâtral, mais peu convaincant.

Aujourd’hui, il n’en démord pas. Il veut être président et on dirait qu’il n’y a que le fauteuil qui l’intéresse. Tout aussi troublant! Et ceci me laisse d’autant plus perplexe qu’ayant connu l’homme, je peux témoigner que la modestie ne l’étouffe pas.

Voici donc deux alliés, deux hommes qui se sont entendus pour se répartir les hautes fonctions de la République et qui, pour le premier, nous dit son désir de théocratie et pour le second succombe à son égolâtrie. Troublant surtout lorsqu’on sait que ces honorables politiciens se comparent déjà à Mandela, Lula ou Walesa…

En face de ces deux hommes qui nous promettent la démocratie, d’autres hommes sont pour leur part inquiétés. Et cela aussi me trouble.

Pourquoi cherche-t-on à trainer Abdesslem Jrad dans la boue ? Et d’abord que veut cet avocat, Abderaouf Ayadi, qui roule notoirement pour un parti politique ? En veut-on à l’UGTT d’avoir été un acteur véritable aux premières heures de la Révolution ? Faut-il voir dans ces effets de manche une manière d’intimider la centrale syndicale qui demeure le seul contrepoids populaire face à l’actuelle majorité ? Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité que seule l’UGTT pourrait gêner l’agenda politique qui se déploie sous nos yeux. C’est une vérité qui se répète encore une fois: le syndicalisme libre (et désormais pluriel) demeure une cible.

La raison prévaudra, car on le voit bien ceux qui ont cherché à salir l’UGTT en visant Jrad ont vite fait de se replier, tout cela demeure tout de même troublant.

Sur un autre front, Nebil Karoui s’est retrouvé devant les tribunaux. Le patron de Nessma doit défendre sa chaine pour une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre. Lui aussi est trainé devant la justice et placé sous la menace d’une condamnation. Dans ce cas, il s’agit d’une autre paire de manches et nous verrons bien ce que révélera le procès. Souhaitons simplement que les propos de Karoui sur « la mort » de la liberté d’expression ne soient pas prémonitoires.

Ce qui est symptomatique, au-delà de ces coïncidences troublantes, c’est bien le fait que la liberté va être un combat pour lequel il faudra se lever tôt le matin. Car la liberté telle que la conçoivent Jebali, Marzouki et consorts risque fort de peser sur nos vies comme une chape de plomb maquillée en revendication identitaire et doublée d’une irrésistible volonté de revanche.

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