Grand Reportage – L’autoroute de la dignité

Grand Reportage – L’autoroute de la dignité

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Sidi Bouzid – Durant la campagne électorale, notre reporter Hatem Bourial a sillonné toute la Tunisie pendant une quinzaine de jours. De Tabarka à Tataouine, du Sahel à Sidi Bouzid, il est allé à l’écoute des Tunisiens et constaté de quoi étaient faites leurs conversations au-delà des enjeux électoraux. Gros plan sur mille et une réalités tunisiennes…

A Sidi Bouzid, on ne parle que du projet d’autoroute du centre-ouest. Même si l’impatience de bénéficier d’une nouvelle politique de l’emploi est évidente, cette autoroute fait rêver.

Ça et là, on regrette qu’un tel grand projet n’ait pas vu le jour avant. Toutefois, un sentiment prévaut : cette autoroute va désenclaver la région, la mettre à niveau en termes d’aménagement du territoire et surtout permettre aux potentiels investisseurs économiques de bénéficier d’une infrastructure routière moderne.

Ce qui impressionne dans les conversations avec les jeunes de Sidi Bouzid, Rgueb ou Jelma, c’est bien leur conscience des enjeux du développement régional. Il suffit de franchir le seuil d’un café pour ressentir que cette question est ici au cœur du débat.

Bien sûr, on parle beaucoup d’emploi, d’appartenances politiques ou du réalisme des programmes économiques envisagées pour résorber le chômage et l’exode. Pourtant, ces questions sont toujours envisages en synergie avec celles du développement régional.

Ainsi, cette grande autoroute de l’ouest revient dans toutes les discussions et emporte largement l’adhésion. Impressionnant d’écouter un jeune homme de 25 ans décortiquer ce projet qu’il qualifie d’autoroute de la dignité.

Il égrène ainsi les grandes lignes du projet comme une profession de foi. Il m’explique que cette autoroute sera longue de 350 kilomètres, qu’elle ira de Kairouan à Sidi Bouzid et aura des prolongements jusqu’à Gafsa et Kasserine.

Le jeune homme n’ignore rien des données du projet et compte bien participer à la consultation publique qui va être organisée dès cette semaine. Aussi, il m’explique que 150 kilomètres d’autoroute vont être réalisés en priorité par le ministère de l’Equipement.

Toutefois, ces propos sont imprégnés d’une impatience légitime. Il se demande pourquoi la phase d’étude du projet va durer deux longues années et même plus. Soudain critique, il se demande même si ce n’est pas une manière de renvoyer la balle en touche question de calmer les régions déshéritées.

De nombreuses personnes viennent se joindre à notre conversation. Chacun y va de ses explications, de ses attentes, de ses désirs. Les mêmes forums passionnés m’attendent dans les localités des environs au cours d’une visite à un club internet et une autre dans une maison de la révolution qui s’est installée dans un ancien local du RCD.

Le fait est que cette autoroute de l’ouest fait miroiter des promesses de développement. Financé par la Banque européenne d’investissement à hauteur de près de 10 millions de dinars, ce projet vient tout juste d’être engagé.

En effet, la phase de la consultation publique se tiendra du 26 octobre au 2 novembre. Elle englobera tous les gouvernorats concernés et permettra d’aborder les épineuses question foncières et logistiques. Les études seront ensuite lancées et le rêve deviendra peu à peu réalité…

Pour l’heure, cette autoroute de la dignité est déjà vécue comme une réalité palpable à Sidi Bouzid. Ces attentes parfois démesurées sont fortement teintées d’impatience. Comment expliquer qu’il faut du temps à de jeunes chômeurs qui attendent énormément de la révolution ?

C’est là un enjeu incontournable qui va nécessiter de la part des pouvoirs publics un grand travail de pédagogie. Car cette impatience est une incontournable réalité du terrain. A Sidi Bouzid comme partout ailleurs…

Prochain article : Vers un gouvernorat de Tabarka ?

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