Opinion – Holà ! Les festivals

Opinion – Holà ! Les festivals

Par -

On n’y croyait pas après moult cafouillages et polémiques. On y arrive tout doucement. Les ‘’nouveaux festivals’’ sont là. Une programmation que je ne me permettrais pas de critiquer vu les conditions difficiles par lesquelles la société tunisienne passe mais aussi l’urgence dans laquelle ces programmations ont été faites : il faut laisser le temps au temps. Mais si nous avons ce devoir de compréhension dans cette phase transitoire de notre histoire, il faudrait aussi que les décideurs, en l’occurrence le ministère de la Culture, soient être conséquents dans leur communication et déclaration.

Si nous regardons d’un peu plus près toutes les déclarations, un seul argument est mis en avant : les festivals coûtent, cette année moins chers. Les artistes sont payés à des tarifs très bas. Il n’y aura pas de spectacle aux cachets élevés et tout cela à coup de chiffres. Exemple le festival de Carthage passe de 5MD à 2 MD. Donc l’argument de vente est : plus blanc que blanc. Faire mieux qu’avant, surtout dans la dépense, l’un des responsables n’hésite pas à citer le cachet de deux mille dinars pour certains artistes en présentant cela comme le Smig : quelle indécence pour le public !

Pourquoi se donner tant de mal à vouloir se mettre en concurrence avec le passé pour justifier un idéal présent ? Mais les valeurs de la Révolution sont là et doivent être en perpétuelle re/création, nous nous devons de les mettre en avant à chaque fois et non nous référer au passé dans ses détails les plus sordides. Pourquoi n’avoir pas pensé à faire de grandes fêtes populaires fédératrices où tous les artistes et autres intervenants, attachés aux valeurs de la Révolution, seront bénévoles ? Faut-il qu’on soit toujours dans une pensée misérabiliste et réductrice de la Culture ? Est-ce que le public tunisien n’aspirerait pas, pour le futur, d’avoir des festivals comme Mawazine ou Marrakech au Maroc, puisque le modèle n’est plus occidental mais maghrébin ? Cela devient redondant et fatiguant de sortir Charles Aznavour et Warda, à toutes les conférences de presse, comme épouvantails. C’est un manque de discernement parce que ce n’est pas Aznavour qui coûte cher. Il y a sûrement plus cher. Mais, c’est le manque de rentabilité qui était fatal pour Carthage : lorsqu’on sait que la moitié des spectateurs faisaient dans le passe-droit, la resquille officielle ou autre. Pourtant nous savons que, sous d’autres cieux, le produit culturel est une grande source de retombées financières. Autre chose, pourquoi veut-on faire croire au public que c’est une programmation nouvelle tandis qu’on ne peut pas faire du neuf avec du vieux ? La plupart des spectacles et des artistes ayant déjà été vus dans de précédentes éditions. Pourquoi insister sur le pourcentage élevé des spectacles tunisiens alors que c’était un leitmotiv de l’ancienne administration ? Est-ce un manque d’argument ou veut-on faire passer des vessies pour des lanternes ce qui laisserait croire que le public et les critiques n’ont aucune mémoire? Une communication sans aucune idée conductrice, se retournant sur le passé sans visibilité de l’avenir, basée sur des contrevérités et des contresens.

Finalement, on est en droit de se poser la question : qui décide et qui réfléchit cette communication au ministère de la Culture ? Une agence ? Pas du tout, cela coûterait cher. Les fonctionnaires non. Les intellectuels et les artistes, il n’y en a plus au ministère. Alors, qui ? Journalistes au passé douteux ? Des «pseudos» qui ont travaillé dans tous les comités de censure lorsqu’ils étaient dans l’ancienne ERTT ou au ministère de la Culture ? Des coordinateurs qui ont fait toutes les campagnes présidentielles de l’ancien régime ? That is the question!

Néanmoins et malgré cela le public ira voir les spectacles dignes d’intérêts, un point c’est tout. Et que l’on ne vienne pas, dans un deuxième temps, justifier, par d’autres contresens, la désaffection du public.

Hind Mandy

Commentaires: