Creative Commons, en Tunisie : partage sans piratage

Creative Commons, en Tunisie : partage sans piratage

Par - Tunis-Hebdo
Le reporter d'al jazeera, Bilal Randeree, s'exprimant sur le sujet du journalisme citoyen et les réseaux sociaux en utilisant CC licences, "photo de Joi Ito, sous licence CC-BY"

La Tunisie n’est pas vraiment réputée pour le respect des licences d’utilisation. Même s’il y a quelques lois visant à “protéger les droits d’auteur”, cela reste très rudimentaire. Un musicien voit ses oeuvres volées sur Internet mais aussi dans les commerces de ventes illicites de CD, et ce, en toute impunité. Il ne peut compter sur l’Etat, lui même « voleur », par sa complicité, pour garantir ses droits.
La cause est essentiellement culturelle. Très peu de Tunisiens sont conscients de l’importance d’une réglementation claire autour de l’utilisation, du remixage et du partage des oeuvres. Sans “contrat”, l’artiste ne mange plus de pain et ne produit plus d’oeuvres.

D’un autre côté, il y a eu des abus en matière de protection. Dans les pays occidentaux, les lobbyistes milliardaires de l’industrie du disque ont réussi à faire passer des lois extrêmement restrictives pour l’utilisation des oeuvres. Même dupliquer un CD musical, pour ses propres besoins, a été criminalisé !

Une licence libre et flexible
Creative Commons est arrivée il y a moins d’une décennie à donner solution à ce problème. Le but est d’encourager de manière simple et licite la circulation des œuvres, l’échange et la créativité.
Directement inspirée des licences de Logiciels Libres, Creative Commons apporte un cadre légal libre aux oeuvres autres que le code informatique (musique, photos, textes, designs, …)

Avec ces licences, l’auteur protège sa signature (BY) et peut rajouter diverses restrictions sur l’utilisation de ses oeuvres. Il dispose de trois options : interdire l’usage commercial (NC), la modification (ND) et enfin obliger la redistribution sous la même licence ou une licence similaire (SA).

Wikipédia a décidé d’adopter Creative Commons pour l’ensemble de ses articles migrants ainsi de la GFDL (GNU Free Documentation License) à CC-BY-SA (Creative Commons Attribution-Share Alike). Ainsi, toute personne est libre de reproduire les oeuvres de l’encyclopédie et d’en faire ce qu’elle veut tant qu’elle cite la source originale et qu’elle reprend le travail tel quel.

Au contraire d’autres licences CC se distinguent par leurs “versions courtes” en trois lignes résumant les droits et les devoirs. Les artistes peuvent utiliser un petit questionnaire pour choisir la licence qui leur plaît. C’est on ne peut plus simple.

Et chez nous ?
Plusieurs oeuvres et produits tunisiens utilisent déjà Creative Commons, essentiellement des sites web, des photographies et même des magazines. Mais aucune manifestation n’a jamais été organisée autour de CC, et ce, jusqu’au 30 juin dernier.

A cette date et les deux jours suivants, la communauté Creative Commnons pour la région Nord Afrique et Moyen-Orient (CC MENA) s’est réunie à Tunis. Les participants sont venus d’Iraq, de la Jordanie, du Liban, de la Syrie, de la Palestine, des Emirats Arabes Unis, du Qatar, d’Egypte, du Marroc, du Japon, des USA, d’Italie et autres pays.

Organisé par les activistes de Nawaat et sponsorisé par Al Jazeera, le troisième meeting de CC MENA a consacré deux jours à divers ateliers dont celui de musique. Ce dernier a abouti à la production de chansons, sous la supervision de Mark Levine, professeur de l’Université de Californie.
Un CD sera produit d’ici la fin de l’année. Il sera le premier dans la région à être édité et commercialisé sous licence CC. C’est une façon d’encourager le partage légal de musique mais aussi d’encourager les jeunes à produire et à créer.

Partager le printemps
Selon Donatella Della Ratta, coordinatrice de CC sur la région, c’est le premier meeting en son genre festif. “D’habitude, les réunions sont sérieuses et traitent de sujets légaux” affirme-t-elle. “Cette fois, c’était une ambiance plus festive”.

CC MENA a conclu ses activités un samedi soir dans un palace, sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, avec un concert musical sous une projection de photos des révolutions arabes. L’ensemble des oeuvres ont été mises par leurs auteurs sous CC.

Joi Ito, directeur du Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of Technology, Boston, USA) et directeur exécutif de Creative Commons a exprimé son bonheur à entendre “Droits de l’homme” et “Liberté d’expression” quand les participants se présentaient.

Le concert a réuni des musiciens de différents pays dont la Palestinienne, Nalan Al Saraj, qui, après un périple de 4 jours au départ de Gaza, a pu rejoindre le meeting à temps. Elle a chanté pour la liberté de son peuple. “J’espère qu’on aura cette liberté un jour en Palestine et qu’on pourra organiser un tel événement à Gaza”.

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