L’Amérique en guerre contre les pirates ?

Ce bon vieux Oncle Sam est en train de se doter d’une nouvelle législation applicable dans le domaine international et visant les récalcitrants à se soumettre à la sagesse de la démocratie. Eh oui, croyez-le ou non, mais à l’avenir, le président américain pourrait envisager des sanctions économiques, les cyber-représailles ou des frappes militaires si la clé des systèmes informatiques des Etats-Unis venait à être attaquée.

Cette nouvelle, pour le moins surprenante vient suite à une cyber-attaque, le mois dernier, visant une entreprise étroitement liée à la défense, Lockheed Martin.

Le Pentagone pourrait intervenir
Bien sûr, rien ne sera décidé avant un nouveau rapport du Pentagone qui est attendu dans quelques semaines.
« Une réponse à un cyber-incident ou une attaque contre les États-Unis ne serait pas nécessairement une cyber-réponse. Toutes les options appropriées seraient sur la table », a déclaré le colonel Dave Lapan, porte-parole du Pentagone, aux journalistes, mardi.

M. Lapan a confirmé que le Pentagone est en train d’élaborer une stratégie de défense cybernétique, qui serait prête dans deux à trois semaines.

Quant à la Maison Blanche, elle a déclaré en termes simples que les Etats-Unis « répondront à des actes hostiles dans le cyberespace comme nous le ferions pour toute autre menace pour notre pays ».

Un acte, on ne peut plus légitime, diriez-vous, d’autant plus que les cyber-attaques peuvent se révéler particulièrement redoutables quand des domaines stratégiques sont touchés.

Mais un acte qui a un défaut : en effet, il ne mentionne pas comment les États-Unis peuvent répondre aux cyber-attaquants, provenant de terroristes, qui n’agissent pas pour un Etat-nation ou, pire, qui agissent sur le territoire américain. Et ceux-ci sont de loin les plus dangereux.

Mais qui sont donc ses pirates ?
La nature des pirates est bien différente du super-espion des films à budgets énormes que les législateurs semblent avoir trop vus. La réalité, cependant, est que les hackers sont des gens très divers. Ils représentent un groupe qui, souvent, flirte avec la légalité.

Jonathan James a acquis une certaine notoriété quand il est devenu le premier mineur à être envoyé en prison pour piratage. Il a été condamné alors qu’il n’avait que 16 ans. Dans une interview pour la chaîne télévisée publique américaine PBS, il professe: «Je regarde autour, en jouant. Ce qui était amusant pour moi a été aussi un défi pour voir ce que je pouvais faire réellement. » Les intrusions majeures de James ont ciblé des organisations de grande envergure. Il a notamment réussi à s’introduire dans un serveur de la Defense Threat Reduction Agency, une agence du ministère de la défense chargé de réduire la menace d’armes nucléaires, biologiques, chimiques, classiques et spéciales.

Mais James n’est pas le seul. Adrian Lamo avait la renommée de s’introduire dans les serveurs des grandes organisations comme The New York Times et Microsoft. Surnommé le « hacker sans-abri », il utilisait des connexions Internet dans des succursales Kinko’s, les cafés et les bibliothèques pour faire ses intrusions, ce qui l’a rendu indétectable pendant des années. Lamo s’était fixé également comme objectif d’exploiter les failles dans la sécurité des serveurs de Yahoo, Bank of America, Citigroup et Cingular, autant de sites dont le mal-fonctionnement peut affecter des millions de personnes – une décision qui a fait du personnage un véritable ennemi public.

Et les exemples ne s’arrêtent pas aux marginaux. Il y a aussi ceux qui ont pu retrouver la conformité.
Parmi eux, un certain Stephen Wozniak qui, avant d’être connu en tant que co-fondateur d’Apple Computer, avait une redoutable notoriété dans les cercles fermés du piratage des appareils qui contournent le compteur téléphonique et permettent de faire gratuitement des appels internationaux. Notons au passage que Woz en a fait quelques sous en vendant sa petite invention à ses camarades d’université.

Linus Torvalds: le père de Linux, le système d’exploitation très populaire basé sur Unix, a aussi eu sa période de piratage. Torvalds a fait ses débuts sur les ordinateurs Commodore VIC-20 et Sinclair QL. Selon Wikipedia, il a largement modifié le Sinclair, en particulier son système d’exploitation. Les exploits de Torvalds dans le domaine du piratage incluent également un éditeur de texte, ainsi que quelques jeux.

Et la liste ne s’arrête pas là… Ce qui annonce, d’ores et déjà, un petit problème qui se posera aux militaires des USA. Car il ne faut pas être un génie pour savoir que le Net se rit des frontières des pays. Et, quand on veut bombarder, il faut, d’abord, savoir qui frapper… et par qui commencer.

Commentaires: