36 rue Botzaris Paris: les émigrés tunisiens de nouveau expulsés

Après une courte accalmie, les forces de la police française ont de nouveau procédé à l’expulsion de tous les Tunisiens se trouvant au 36 rue Botzaris, et ce, le jeudi 16 juin. Cette intervention survient le lendemain du déplacement de notre actuel ministre de l’Intérieur, Habib Essid, en région Parisienne.

Rappelons que depuis fin mai, les lieux étaient squattés par une soixantaine de Tunisiens qui étaient arrivés à Paris après avoir débarqué à Lampadusa. Ils avaient déjà été expulsés début juin mais certains sont revenus, par la suite, sur les lieux, survivant grâce à l’aide de certaines associations et de Parisiens.

Cependant, jeudi matin, le bâtiment a été encerclé par une impressionnante présence policière française comme l’atteste le Tweet de Paul Da silva, ex-président du parti Pirate français, présent sur les lieux:

Cette décision d’expulsion ordonnée par l’ambassade de Tunisie et le gouvernement tunisien intervient une semaine après la publication d’un communiqué paru le 9 Juin sur le site de l’ambassade de Tunisie à Paris. Ce communiqué expliquait les raisons de la première expulsion et qui se conclut par le soucis de cette institution tunisienne à assurer les meilleures conditions pour les émigrés. Les meilleures conditions, alors que c’est dehors que ces Tunisiens ont passé la nuit du jeudi dans le parc des Buttes Chaumont ? Trois d’entre eux ont même été évacués vers un hôpital après une intervention musclée des policiers avec du gaz lacrymogène.

Des activistes tunisiens dont Amira Yahyaoui (@mira404 sur twitter) et un représentant de ces émigrés sont allés ce matin à l’ambassade de Tunisie pour rencontrer Elyes Ghariani, le chargé d’affaires de la représentation diplomatique tunisienne dans l’Hexagone, et trouver une solution. La conclusion est plutôt maigre : juste des promesses. L’affaire de leur logement reste en suspend.

Les deux gouvernements, tunisiens et français, font tout pour vider les lieux. Le gouvernement français se trouve vraiment embarrassé par les documents trouvés. Des documents qui attestent d’une forte présence du RCD en France et d’une activité très organisée. Certaines associations étaient même détournées de leurs buts et mandatées afin d’écrire des rapport sur les faits et gestes des activistes tunisiens ou faire la propagande des campagnes électorales de Ben Ali. Dans son dernier article le site mediapart explique comment le RCD a tissé toute une toile en France, et ce, sans l’objection des Français. Des personnalités françaises étaient même présentes lors des soirées ou des manifestations organisées par le RCD :

Le 7 novembre 2002, une soirée dansante animée par un célèbre chanteur tunisien réunit 500 invités
à l’Espace Reuilly. Un événement qui est d’ailleurs loin d’être réservé aux seuls Tunisiens, si l’on en
croit un rapport rédigé par un responsable du Retap: «Seront invités à la soirée un grand nombre de nos
amis français (enseignants, chercheurs, étudiants, nos amis du parti UMP) ainsi que quelques personnalités politiques ou du monde de la presse.» Mais aucun nom n’est cité. Un an plus tard, le dîner a lieu au restaurant universitaire de la Cité internationale, le 14 novembre 2003.

Une lettre datant de 2007 et signée par Boris Boillon, actuel ambassadeur français en Tunisie, a été trouvée. Cette lettre a été envoyée par celui-ci, conseiller diplomatique pour le Maghreb à l’Elysée en 2007,  en réponse à l’ancien secrétaire général du RCD Hédi Mhenni. Ce dernier aurait envoyé  une lettre de félicitation à Sarkozy pour son élection en tant que chef de la république Française.

Quant au gouvernement tunisien, les documents comportent sûrement des détails qui dérangent. L’ambassade s’est pressée d’envoyer des personnes dans des voitures à vitres fumées, jeudi, afin de récupérer le reste des archives. Le bâtiment a été rapidement fait annexe de l’ambassade de Tunisie sous prétexte d’un « besoin urgent d’avantage de bureaux ». Et pourtant Tarek Ben Hiba, le président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, assure qu’en début de semaine Elyes Ghariani avait donné son accord à plusieurs associations pour que le bâtiment soit transformé en lieu d’accueil temporaire pour les migrants. Mais après jeudi matin, lors de l’évacuation des réfugiés, personne ne pouvait joindre l’ambassade de Tunisie.

Un public Pad a été crée expliquant beaucoup de points a propos de l’expulsion des Tunisiens du 36 rue Botzaris. Mais aussi on y trouve la liste des besoins tels que les baches ou des couvertures afin d’aider les Tunisiens qui passent a ce jour la nuit dehors sous la pluie.

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