Opinion – Messieurs les Magistrats, personne n’est au dessus de la loi

Opinion – Messieurs les Magistrats, personne n’est au dessus de la loi

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Le bureau exécutif de l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) a appelé le gouvernement provisoire à suspendre les procédures visant à lever l’immunité judiciaire du juge Farhat Rajhi et à revenir sur son intention de le poursuivre pénalement.

D’un autre côté, le Syndicat des Magistrats Tunisiens (SMT) a exprimé son refus de principe de toute décision ou procédure qui pourrait être engagée par le Conseil suprême de la magistrature contre le juge Farhat Rajhi.

Les juges, esprit de corporation ou défense de la loi oblige, ont dépassé leurs différends (qui retardent encore l’élection des membres de la haute instance) et ils ont clamé à haute voix leur soutien à M. Rajhi et leur refus de le poursuivre juridiquement.

Ils ont parlé d’une seule voix, « touche pas à mon collègue », même si leur collègue a enfreint la loi. Ses accusations à l’encontre de l’institution miliaire peut entraîner des poursuites judiciaires. Dans ses déclarations, il accuse, explicitement, les militaires de fomenter un coup d’Etat militaire. Une accusation grave dans un Etat de droit.

Les arguments de l’AMT et du SMT sont les mêmes dont notamment le manque de légitimité du Conseil Supérieur de la Magistrature. L’AMT a également mis en garde contre les conséquences de l’implication de la magistrature dans des différends liés à la liberté d’expression. Lancer une accusation grave à l’encontre de quelqu’un peut-elle être considérée comme une forme de liberté d’expression ? Peut-être, mais elle est toujours synonyme de responsabilité et de droit de réserve pour les hauts cadres de l’administration et les membres du gouvernement.

Plus encore, les dires de M. Rajhi ont engendré des violences et un regain de désordre dans tout le pays. Un passage à la justice de M. Rajhi devient obligatoire pour défendre ses accusations envers l’appareil militaire et le gouvernement et apporter la lumière au peuple. Les juges doivent le soutenir pour qu’il passe devant la justice afin d’éclairer le peuple et de soutenir le pays dans cette phase de transition.

Le citoyen, qui a souffert pendant des décades d’une justice corrompue sous les spires de Ben Ali, pas toute la justice, bien sûr, est-t-il prêt aujourd’hui à accepter des exceptions dans les jugements de « juges », de « soldats », de « policiers », de pénitenciers, d’avocats ou de toutes autres corporations.

La logique de la justice républicaine est de juger toute personne impliquée dans une affaire. Nul n’est au dessus de la loi.

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