Le billet de Hatem Bourial – Les délateurs ont le vent en poupe

Le débat est vieux comme le monde ! Comme si cela ne suffisait pas que cette période soit contaminée par le retour des obscurantismes, voilà aussi venu le temps des commissaires politiques auto-proclamés qui, au nom de la liberté de la presse, se lancent dans des campagnes nauséabondes où l’esprit de cabale le dispute à toutes sortes de dénigrements voire de diffamations.

Au diable, les compétences ! Tel semble être le leitmotiv de ces délateurs auxquels la « Dégage » attitude semble avoir donné des idées. Comme s’ils désiraient détruire un demi-siècle de développement, ils s’attaquent à tout ce que nous comptons comme compétences en lançant de ténébreux anathèmes. Mais, au fond, ce qui les motive, c’est de créer l’amalgame pour récupérer sièges, fauteuils et strapontins.

Ces amalgames cousus de fil blanc deviennent monnaie courante. Il suffit d’accuser quelqu’un d’avoir favorisé le régime déchu pour le vouer aux gémonies. Le procédé est répétitif : une certaine presse publie des accusations qui souillent l’honneur d’artistes ou d’intellectuels respectés. Et ensuite, c’est la curée au nom de la liberté d’expression qu’on n’hésite pas à outrager par des manipulations indignes.

Cette nouvelle maladie, la délation sur fond de mensonges, est en train de faire des ravages. Et, malheureusement, des plumes – inconscientes ou télécommandées- se prêtent à ce jeu qui n’honore pas la presse.

Depuis la révolution, salir autrui est devenu un sport national. Le « gossiping » n’épargne plus personne mettant pêle-mêle dans le viseur ancien cadres, artistes réputés et intellectuels notoires. Qui se cache derrière les diffamateurs ? Pourquoi ces campagnes de désinformation ?

Qu’on ne nous prenne pas pour des idiots ! Car, lorsque le même journal s’acharne sur les mêmes personnes, il y a anguille sous roche quant aux véritables motivations. Ceci sans dire qu’il y a aussi des doutes évidents quant à la nécessaire vérification de l’information.

Assez de ces amalgames ! Assez de ces gens qui mentent à haute voix pour que des places se libèrent ! Assez de ces atteintes primaires à une démocratie encore balbutiante !

Au nom de la terreur, on a agressé Nouri Bouzid, un grand cinéaste et un homme de gauche. Au nom d’une violence inacceptable, on a attaqué les théâtres. Au nom d’étranges témoignages, on tente de salir Lassaad Ben Abdallah, un créateur exemplaire. Au nom d’une certaine idée de la liberté, on empêche des gens de s’exprimer. Au nom de la révolution, on veut briser des vies, des carrières et des réputations.

Pas en mon nom, s’il vous plait ! Car j’ai la plus haute estime pour ceux qu’on essaie d’agresser – moralement ou physiquement – et je prétends aussi qu’il n’est pas du devoir des journalistes de cultiver la vocifération.

De plus, j’ai une toute autre idée de la révolution, de la démocratie et de l’honneur de la presse. Assez de cette chasse aux sorcières d’un autre âge ! Puissent les illusionnistes enfin se taire pour que cesse cette atmosphère pourrie de règlements de compte.

La Tunisie n’a pas besoin de ces liquidateurs aux mains sales. Car la haine n’est qu’une défaite de la responsabilité.

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