Le billet de Hatem Bourial – Il était un petit navire

Permettez-moi de vous raconter une petite histoire sans pour autant y apporter un quelconque commentaire. Cela, je vous en laisse le soin…

C’est l’histoire d’un moustique qui finit par se croire plus important qu’il ne l’est vraiment. Voyant un fétu de paille flottant sur une flaque d’urine, il se dit  « Voilà longtemps que je rêve de l’océan et d’un vaisseau. Les voici ! »

Cette flaque lui parait profonde et sans limites car son univers à la taille de ses yeux. Et de tels yeux ne voient que de tels océans.

Soudain, le vent déplace légèrement le fétu de paille et notre moustique de s’exclamer « Quel grand capitaine je suis ! »

Si le moustique connaissait ses limites, il serait semblable au faucon. Mais les moustiques n’ont pas le regard du faucon…

Autour de moi, tout le monde est devenu révolutionnaire. À entendre le discours ambiant, nous serions tous devenus par un coup de baguette magique un peuple de braves qui, par l’intensité de son combat civique, a su renverser une dictature digne des Khmers Rouges et des pires heures du stalinisme.

La réalité est beaucoup plus prosaïque. Elle tient en quelques nouvelles qu’on peut glaner ici et là… Ces derniers jours dans mon pays, une école primaire a été incendiée à Ben Arous. Quatre salles sur un total de sept ont été détruites.

Des moustiques n’ont même pas relevé. Ils sont trop accaparés par la lutte pour le pouvoir défunt. Et puis, après tout, ils ont déjà fait la révolution !

Pendant ce temps, un simple directeur d’école, révolté par cet acte criminel, a su mobiliser autour de lui. Il a su dire à la communauté orpheline de son école que ce lieu de savoir détruit était l’acquis le plus cher aux yeux des Tunisiens. Il a su pousser la désormais exemplaire communauté de Dar Ghorbel à Ben Arous à se mobiliser pour immédiatement tout réparer.

Cet homme, pourtant un destourien de longue date, est à mes yeux un faucon véritable. Il est à mes yeux le contre-exemple par excellence à la dispersion narcissique de la nouvelle génération politicienne auto-proclamée.

Son geste interpelle bien des moustiques ivres de naviguer sur un fétu de paille dans une minable flaque d’urine. Il représente l’idée que je me fais de la dignité. Pourtant, son geste, personne ou presque n’en a entendu parler.

Pourtant, pareils actes détonnent avec le verbiage impénitent de politicards revanchards, arbres narcissiques qui cachent une forêt de femmes et d’hommes auxquels ils tentent de confisquer la parole.

Dès lors, lorsque vous entendez des moustiques se draper dans notre dignité, pensez à ce directeur d’école et dites-vous bien que l’on continue à nous mentir en imposant ce casting de faux dévots et de vrais charlatans en guise d’horizon pour notre révolution.

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