La (non) présence web des partis politiques

A trois mois des élections de l’assemblée constituante qui sera chargée d’élaborer une nouvelle constitution, la vie politique s’anime de plus en plus avec son lot d’informations, de révélations et de rumeurs.

Les déclarations, meetings et autres coups bas commencent par se multiplier sans une réelle médiatisation et analyse journalistique. En effet, entre l’espace médiatique audio-visuel offert qui reste assez restreint et non démocratiquement géré par rapport aux innombrables partis politiques nés après le 14 janvier, et le travail colossal à faire pour libérer complètement ces médias et les journalistes de tout bord, le web risque fort d’influencer un bon nombre de citoyens dans leur choix.

Preuve en est, beaucoup de Tunisiens se rabattent systématiquement sur le web pour suivre toute cette effervescence de très près. Portails d’informations, sites économiques qui se sont reconvertis en critiques politiques, blogs, dépêches de la TAP, etc .. Tout y passe ou presque au vu de la (non) présence des partis politiques sur internet.

Facebook n’est pas internet !
En effet, une bonne partie des partis politiques passe actuellement par Facebook et délaisse la première action à faire : avoir son propre site web !
Aussi bizarre que ça puisse paraître, nos amis les politiciens ont complètement négligé cet aspect, préférant se concentrer sur la réalisation de leurs programmes et principalement la communication off line, laissant le soin à leurs « Community Manager » d’alimenter leurs pages fan Facebook au vu de sa notoriété acquise chez le Tunisien.

On se demande bien pourquoi et comment cette omission a pu se produire pour la plupart de ces partis politique, surtout les plus anciens, au vu des avantages à récupérer :

  • Présenter le parti, de son historique, de ses récentes actions, de ses membres…
  • Communiquer efficacement sur les spécificités, l’idéologie et l’orientation du parti
  • Contrôler son image et s’offrir un espace médiatique à moindre coût auprès d’un électorat, une population avertie et de plus en plus curieuse et avide d’informations politiques.
  • Produire du contenu à travers des articles détaillant le programme politique et les différentes activités du parti
  • Centraliser la communication online en un seul espace et ouvrir les portes aux autres services du web 2.0: galerie vidéos sous forme de chaîne télé sur Youtube par exemple pour les diverses interviews ou conférences, interaction avec les internautes à travers l’animation de comptes Twitter et Facebook, galerie photos, …
  • Etc …

En oubliant de passer par la case départ, beaucoup de partis politiques risquent de se retrouver sur la touche. Il ne suffit plus de s’autoproclamer comme opposant à l’ancien régime ou victime historique de tant d’années de dictature pour aspirer convaincre une jeunesse tunisienne non politisée, et facebook n’est pas vraiment approprié pour diffuser et gérer une grande masse d’information.

Pour son premier mandat, Barack Obama a misé gros sur les réseaux sociaux et a annoncé tout récemment sa candidature pour un second mandat consécutif via une vidéo relayé sur Facebook et Youtube. Il n’en reste que l’action de départ et la mise en place d’une stratégie de communication on line bien ficelé qui a pour point de départ le site web Barackobama.com

Le réseau social est certes très prisé mais le risque de voir les messages à véhiculer se disperser et se faire oublier. Il pourra aider grandement à la promotion du site et fidéliser les visiteurs, mais nullement se substituer à sa vocation première.
Et pout ceux qui l’auraient oublié, une page fan sur facebook peut être facilement piratée ou tout simplement supprimée par un signalement massif.

Entre anciens partis à la traine et nouveaux qui peinent
Ils sont 51 partis à constituer le visage politique actuel. La première étape consistait à retrouver trace de la liste exacte de ces partis en regroupant les informations de trois sources différentes (Facebook, Madwatch.net et Wikipedia). La deuxième étape avait pour but de truster la présence sur le web de ces partis ou plutôt combien de partis ont eu la présence d’esprit de créer un site web outre sa page fan Facebook.
13 partis sur 51 ont un site web dont 3 inaccessibles, 6 qui se sont contentés du strict minimum (petite présentation et quelques articles) mais avec une charte une ergonomie défaillante, et 4 partis qui ressortent du lot malgré quelques petits couacs ici et là.

« Enahdha » est up to date côté contenu, infos et présentation, « Le Parti Républicain » assez complet même si les logos pour Twitter et Youtube ne fonctionnent pas, « Le parti ouvrier communiste tunisien (POCT) » qui propose un site très riche en contenu, vidéos, présentation du parti, articles,.. et pour finir le « Mouvement Ettajdid » qui propose en plus sa propre TV ou plus précisément une rubrique vidéos.

Le constat n’est pas très rose, plus morose quand on constate que des partis politiques qui datent un peu n’ont pas de site web voir même offrent un site web 1.0
L’autre aspect paradoxal est le nombre de partis politiques qui ont des pages officiels sur Facebook à plusieurs milliers de fans (« Al Wifak » ; « Al-Watan » … ) mais sans site web officiel !

La vie politique ne se limite pas à l’Assemblée Constituante
Et même si le 24 juillet est très proche pour les partis politiques fraichement légalisés, il serait dommage de ne pas se projeter sur l’après « Assemblée Constituante » car la vie politique ne fait que commencer et une communication web bien réfléchie ne peut qu’être bénéficiaire aux hommes et femmes politiques.

D’autres partis politiques viendront s’ajouter à ce nouveau paysage, les médias dans leur façon encore traditionnelle et inexpérimentée ne pourront pas assurer un espace assez large à ces partis pour promouvoir leurs idéologies et leurs programmes, et le point le plus important encore la récolte de fonds nécessaires pour faire vivre son parti sera de plus en plus ardue.

Un site web, au risque de se répéter, est un excellent moyen pour rattraper son retard en terme de notoriété. Pour vu que la stratégie y est !

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